jeudi 1 décembre 2011

Nos Imagineurs

Notre numéro du mois sent la neige, le froid, la douce symétrie floconneuse et le manteau blanc qui ment sur sa pureté ; sitôt la première couche dégagée, nous retrouvons les macadams crading, les détritus, les flaques boueuses... Mais il y a aussi les lumières du huit décembre, les guirlandes et les vieux barbus en costume rouge. On boit du vin chaud et pour certains, on planche dur sur les examens. Dans cette variété d'ambiances hivernales, nous ressentons tous à un moment donné la même incertitude. Et si l'année suivante était meilleure ou pire que la précédente ? Et si on s'était planté sur les cadeaux ? C'est sur ce chemin de pensées que je vous ai trouvé notre auteure découverte. Au détour d'une orgie de marrons glacés, et de balades en tout genre, accueillons chaleureusement Jamreo. Elle qui sait si bien emballer ses décors pour partager avec nous des facettes étonnantes de cette réalité qui nous échappe.


L'écriture, une vieille histoire? Ca remonte à quand?

A vue de nez, je dirais que ça remonte à 8 ou 9 ans. A mon échelle on peut dire que c'est une vieille histoire, oui! Une histoire à rebondissements, avec des hauts et des bas, enfin, une histoire mouvementée. Peut-être un peu lourdingue et absurde puisque l'inspiration et le découragement n'ont pas vraiment de sens ni de raison d'être, que ce soit l'un ou l'autre, et pourtant ils sont là. Et coriaces, en plus de ça.

Pourquoi et pour qui écris-tu ?

Au début, c'était clairement pour me faire bien voir. Les brouillons allaient à mes parents et j'attendais d'eux qu'ils s'extasient. Il n'y avait pas d'autre motivation, mis à part l'envie de copier mes idoles, Colfer, Rowling, Pullman ...
Maintenant, j'écris avant tout pour moi-même. Je commence dans les moments où je me sens vraiment mal, histoire d'évacuer, de me détacher du réel et de ses petits malheurs. Les premières lignes ne sont là que pour cette raison. C'est ensuite que je peux décider de développer un texte (pas tous, loin de là!) : j'écris alors dans l'optique que ce sera apprécié, critiqué par d'autres, qu'il faut plaire si possible, ne pas décevoir.

Quels sont tes thèmes préférés ? Fantasy, Science-Fiction, Polar, Thriller, Société-réalité, Vie de tous les jours, etc. ?

Question difficile : j'ai tendance à ne pas du tout me préoccuper du genre, ou même du sujet. Ca arrive tout seul et c'est à la fin, quand j'ai un minimum de recul, que je me rends véritablement compte de ce que j'ai bien pu écrire. Enfin une chose est sûre, j'ai complètement lâché la fantasy qui était mon domaine de prédilection, plus jeune. Alors à l'exception de Cinq Lions de cendres, qui, très bizarrement, s'oriente vers une sorte de thriller pseudo-historico-politique … oui, je dirais que je m'attarde pas mal sur le quotidien. Qui est loin d'être toujours facile. C'est une source de frustrations, et donc d'inspiration, quasi-inépuisable.

Qu'est-ce que tu préfères écrire ? Les descriptions, les dialogues, les scènes d'action, etc. ?

Sans hésiter, les descriptions. A l'inverse j'ai du mal avec les dialogues, j'ai toujours l'impression d'être incapable de pondre la moindre réplique crédible ! Non, les descriptions donnent une dimension supplémentaire, visuelle, au texte. Je les aime d'autant plus que, depuis toujours, je perçois la musique en couleurs (bizarre, hein?), donc cette dimension visuelle a toujours été capitale. En écrivant, je passe du temps sur chaque détail qui pourrait donner l'impression de « voir » l'histoire, plus que de la lire.
Ce que j'aime beaucoup aussi, c'est m'attarder sur les pensées des personnages. Du coup, parfois, l'action peut paraître euh ... quasi-inexistante.

Quand ton premier lecteur t'a lue, quel effet ça t'a fait ?

J'avais une trouille bleue, je ne me sentais presque malade ! J'avais beau faire la maligne et arborer mes brouillons, je me suis rendue compte que laisser quelqu'un d'autre les lire, c'était comme ... confier un secret très intime. C'est rarement agréable de confier un secret à quelqu'un. Il faut forcément s'attendre à un jugement, même silencieux. Et c'est peut-être même pire quand il reste silencieux. Parce que finalement, tout ce qui importe, ce sont les avis vraiment sincères et francs. Pas les compliments à profusion rien que pour faire plaisir.
Aujourd'hui j'ai toujours une bonne dose d'appréhension ; la meilleure chose à faire, c'est de s'y habituer.

D'où tires-tu ton inspiration ?

Oh, ça peut partir de n'importe-quoi : une odeur, un paysage, une musique … c'est soudain et le problème, c'est que c'est aussi très fugace. Une sorte d'inspiration éclair, qui ne donne rien généralement: une fois devant ma page, voilà que je n'ai plus envie d'écrire. C'est frustrant! Et aucun moyen d'y échapper. Quand elle décide de me tomber dessus, ou de disparaître, je n'ai pas mon mot à dire.
Non, mon principal moteur reste la déprime, pure et dure. Pas parce que j'aime ça, mais parce qu'écrire permet de s'en délester, au moins temporairement.

Comment t'es venue l'idée d'écrire J&C ? Cette histoire a-t-elle une fin ou alors tu dois encore l'inventer ?

Ce n'est pas surprenant : c'est parti d'un gros malaise. J'étais dans ma brillante période lycée et l'envie de retranscrire quelques doutes et incertitudes est vite apparue. C'est l'époque où j'ai congédié le genre fantastique : pour J&C, les héros se devaient d'être banals, le monde de ressembler au mien, les ados de se mettre martel en tête pour un rien.
Plus particulièrement, l'écriture a été une réponse pacifique et silencieuse à l'homophobie rencontrée dans le milieu lycéen. Jean n'y est pas confrontée directement, du moins pas dans ce qui est raconté, mais ça peut expliquer son caractère sombre.
Je sais quelle fin aura l'histoire depuis un moment. Reste à l'écrire.

Question de fan : Jean est une fille très introvertie dotée d'une grande sensibilité. Elle est à ce point touchante et crédible qu'on ne peut que se demander si tu t'es inspirée d'une personne réelle ou non. C'est le cas ?

Me voilà démasquée ! En fait Jean me ressemble beaucoup. Je suis magnanime : je lui ai légué mes peurs, un brin de mauvais caractère et cette hypersensibilité qui complique tout, qui pousse à redouter le regard et la présence des autres. Partager des émotions ou lier contact sont deux choses terriblement angoissantes pour moi aussi. Jean est une sorte de « personnage-thérapie » : je peux observer quelques-uns des rouages de mon caractère ou de mes émotions, seulement, à distance respectable.
C'est un personnage à part dans ce sens. Par contre, comme tous les autres, elle conserve une part d'autonomie qui échappe à tout contrôle.

Tu aimerais voir tes textes publiés dans des livres ? Tu y penses aujourd'hui ou pas du tout ?

J'y ai pensé, mais plus aujourd'hui. En fait je me mettais une pression telle avec cette idée que j'en devenais presque fâchée avec l'écriture, ce n'était même plus agréable. Aujourd'hui on s'est réconciliées et je m'en suis fait une amie, alors je vais continuer d'écrire, mais pour le plaisir.
Pour tout dire, maintenant que le lycée est mort et enterré (sans rancune, paix à son âme), j'ai pas mal d'autres projets, dont la musique, qui me donnent déjà bien assez de fil à retordre.


Ainsi s'achève cette interview. On te souhaite beaucoup d'inspiration pour l'année à venir, Jamreo, et qu'elle prendra sa source ailleurs que dans tes coups de déprimes. L'équipe du journal Paen et moi-même te remercions pour ta participation à ce numéro qui a été très enrichissante ! Quant à vous chers lecteurs, on vous souhaite aussi de passer de bonnes fêtes de fin d'années et nos meilleurs vœux 2012 !

Enjoy !

Spilou

1 commentaire:

  1. Ah, Jamreo, te voilà dévoilée.
    Je suis contente de te connaître un peu mieux grâce à l'interview de Spilou.

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