lundi 2 juillet 2012

Nos Imagineurs

Pour cette dernière interview, j'ai décidé de vous emmener explorer un jardin d'imagineur très particulier.
Sentez-vous la luxuriante verdure bruire sous vos pas, les fleurs rire sous feuilles derrière notre passage ?
Ici et là, du coin de l'œil, la féérie ambiante questionne mystérieusement. Avons-nous réellement vu la petite fée
aux ailes sanguines plonger dans le ruisseau ? Et ce coquelicot, n'y avait-il pas autre chose à l'intérieur des pétales ?
La terre est-elle vraiment bleue et l'arbre violet ? Que dire du ciel aux multiples soleils, autant de cadrans horaires qui
se complètent et se contredisent. Point d'heure ici, mais des crépuscules rivalisant avec des aurores improbables sous le joug de
muses facétieuses.
Il est temps de s'en remettre à notre Jardinier psychédélique. Car il n'y a bien que Carmae pour se permettre autant de fantaisie
sans que rien ne détonne, mais exubère ces Possibles au-delà des limites de nos propres esprits fertiles.


Au commencement, sont-ce les mots ou les pensées qui ont émergé en premier ?

Qui de la graine ou de la plante émerge la première ? Je ne pense pas qu’il faille penser en ces termes. L’une est l’autre, et inversement. La pensée s’exprime sous forme de mots qui forment la pensée. Du moment qu’on arrose correctement, l’ensemble pousse et prend forme dans le terreau de l’imagination.

Depuis combien de temps écris-tu ?

Ma première histoire a été déterrée il y a quelques temps. D’après les traces de végétation et le goût des strates de terre qui la recouvraient, les experts l’ont datée de mes six ans, soit quand j’ai appris à écrire, je pense.
Après des années d’errance scripturale, passées surtout à faire des textes pour la musique, j’ai eu besoin de me défricher la tête, pour ma propre sauvegarde. J’en suis donc venu à écrire pour un studio de jeu de rôle. C’est vraiment là que ma plume s’est trouvée, et que j’ai pu développer mes capacités d'imagination.
Après avoir fait de la création d’univers pour de la SF très sombre et de la fantasy arabisante très lumineuse, j’ai décidé, encouragé par des auteurs bien plus expérimentés que moi, d’écrire ma propre histoire, de développer mon propre univers. J’ai commencé à cultiver Carmae dans ma tête.

Qui mène la danse de la plume, ton équipe de personnages inventée de toute pièce ou toi ?

C’est un vrai travail d’équipe. Disons que nous sommes comme la plante et la graine : l’une et l’autre vont de paire. Lorsque je prépare un chapitre, les grandes lignes viennent de la terre de mon imagination, et du soleil de l’univers. Comme si elles étaient un mélange de ma propre inspiration et de quelque chose de plus transcendantal, qui me dépasse largement… mais que je contiens en même temps.
Durant l’écriture même, je fais entièrement confiance à ces forces et à mes personnages : ensemble, ils me mènent là où l’histoire doit aller, et tant pis si sur le moment je ne comprends pas ce qu’ils font. Je me fie à eux.

Places-tu des morceaux de toi-même dans tes personnages ou bien ont-ils des personnalités qui leur sont propres ?

Je me reconnais dans certains comportements et caractères. Je m’identifie dans certaines actions, certaines prises de conscience ou réalisations profondes. Mais je ne calque pas consciemment mes personnages sur ma personnalité, ce serait égocentrique et pénible pour tout le monde.
J’en suis très proche, quoi qu’il en soit. Quand mes personnages se dépassent et grandissent, je sens que je le fais aussi, à travers eux. Je souffre quand ils sont en péril, et je saute de joie quand ils triomphent.

Y-a-t-il un texte que tu as écrit dont tu aimerais discuter ici ? Pourquoi ?


Oui, parlons graines d’histoire. J’adorerais m’entretenir de Carmae, mon double roman dont la deuxième partie est en cours de fermentation dans mon alambic imaginaire. Seulement, il n’est pas publié sur Plume d’argent, alors… Peut-être peut-on parler de son style, et de sa poésie qu’on peut retrouver décuplée dans la nouvelle “Voiles” ? J’écris dans différents styles, en fonction de mes besoins. Mes drabbles sont très différents du reste, par exemple. Mon style principal se retrouve aussi dans le texte Élise, coécrit avec toi d’ailleurs…

Parlons d'Élise alors ! Quand je me suis intégrée à ce Cadavre exquis, l'histoire prenait déjà forme. D'où t'est venue l'idée d'un tel univers ?

D’où viennent les idées, je crois que c’est LA question. Dans le cas d’un cadavre exquis, il fallait que j’écrive un premier texte court qui contienne un maximum d’idées à développer par les auteurs suivants. Je me suis mis sur la fréquence du grand jardin cosmique, et la graine est tombée dans ma tête : et si le temps s’incarnait sous forme de rivière, avec des gens dont le métier était de contrôler les mesures du flux, les anomalies, les crues, etc. ? Puis j’y ai ajouté l’étude de la thanatopsychologie, parce qu’une histoire est meilleure quand elle combine plusieurs idées distinctes.

Élise, c'est aussi l'héroïne de cette histoire. Comment as-tu su la rendre si féminine et réaliste ?

J’aime avoir des héroïnes. Elles sont plus sensibles, et permettent un spectre émotionnel plus large. J’ai une part féminine développée et assumée, par ma sensibilité justement. J’ai pu lancer le drame de la vie d’Élise en brisant toutes ses plus grandes convictions en un seul évènement apparemment banal, et je l’ai faite réagir comme je l’aurais fait moi-même je crois. Jouer les petits mecs, les durs, n’a jamais été mon truc : j’assume pleinement mes émotions et mes larmes.

Les êtres qui se battent sur les berges de la Rivière sont intrigants. Avec leurs airs d'anges de la mort, ils sont aussi imprévisibles que mystérieux. Mais que représentent-ils vraiment dans cette histoire ? Quelle est leur signification ?

Alors là, tu me poses une colle. Les anges ont été introduits par un autre auteur, et j’ai trouvé que l’idée manquait un peu d’originalité. Je n’aime pas jouer avec les stéréotypes, surtout dans une histoire sérieuse. Les anges cherchent à contrôler la Rivière du temps, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Dans la suite/réécriture qui aura lieu un jour, je gage que leurs âmes seront faites d’embruns autonomes, qui refusent leur destin : retourner dans la masse anonyme du temps qui passe. De quoi développer en beauté la façon dont les humains agissent ces temps-ci !

Tu parlais d'en faire un roman lorsque tu t'es rendu compte que le Cadavre exquis n'aboutirait pas. Sera-t-il à plusieurs plumes ? Vas-tu conserver tous les passages écrits ?


Je ne sais pas encore ce que j’en ferai. Peut-être une longue nouvelle écrite à trois plumes. Maintenant que le concept a été lancé, le reprendre en roman sentirait le réchauffé. Quand j’utilise une idée dans un but précis, elle a vécu ce qu’elle avait à vivre, point.
Et impossible de garder tout ce qui a été écrit : un cadavre exquis implique toujours des débordements et des incohérences. Élise a du potentiel, mais part en vrille au milieu de l’histoire. On gardera le début, certains évènements et des concepts (comme les confluents), mais pas l’ensemble du récit tel qu’il existe actuellement.

Cette histoire a-t-elle déjà une fin ? Ou sera-t-elle à écrire ?

Ma foi, quand j’ai posé les bases, je savais déjà comment j’aurais terminé le récit s’il m’avait entièrement appartenu. À partir de là, charge à moi d’écrire mon deuxième roman, puis de trouver les bonnes plumes pour reprendre le concept et se mettre d’accord dans les grandes lignes avant de se partager l’écriture, en fonction de points de vue, par exemple, même si d’ici là je trouverai quelque chose de plus original et intéressant à faire. J’estime en temps qu’auteurs qu’on ne doit pas se reposer sur nos acquis, mais toujours explorer de nouveaux horizons !


Ainsi s'achève cette interview. Remercions notre Jardinier d'avoir bien voulu répondre à ces questions. Quant à moi, il est temps que je vous quitte. J'ai apprécié chaque interview réalisée avec nos Imagineurs et vous remercie d'avoir suivi de bout en bout toutes nos pérégrinations à travers les univers créatifs des auteurs interrogés. Je vous souhaite de continuer à découvrir les nombreuses plumes qui pullulent sur le site de PA, d'écrire des textes fabuleux et de prendre plaisir à créer tout simplement.

Enjoy,

Spilou

2 commentaires:

  1. Il fallait bien terminer par notre illustre jardinier, n'est-ce pas !!!
    Merci à lui de s'être prêté au jeu.
    Je ne savais pas que tu écrivais depuis que tu as appris à écrire. Moi, je dis chapeau !
    Je vous souhaite bon vent à tous les deux.
    Spilou, tes interviews, c'était toujours un plaisir de les lire. Sniff ! c'est fini.
    Mais on se reverra sous d'autres cieux...

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  2. C'est toujours sympa d'en savoir plus sur un auteur et ses habitudes. Une bonne interview.

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