jeudi 15 mai 2014

Paroles de Pro

Coucou les plumes,

L’article d’aujourd’hui sera consacré à une auteure du Web qui s’est lancée dans l’excitante et mystérieuse aventure de l’auto-publication, j’ai nommé Kylie Ravera. Sa série de livres dont le premier tome s’intitule « La Tentation de la pseudo-réciproque » est disponible sur son site. En exclusivité sur PA, elle a accepté de répondre à nos questions.


1- On a tous en nous ce petit grain de folie que certains décident un jour de développer. Que ce soit au travers de la musique, du dessin ou encore de l’écriture, on a tous nos raisons de laisser notre créativité s’exprimer. Quelle a été la vôtre ?


• Difficile de répondre au singulier à cette question... Il y a sans doute eu, au tout début, l’envie de raconter des histoires semblables à celles que je prenais plaisir à lire. Puis est venue la sensation grisante que l’on éprouve en jouant avec les mots, en feintant les subtilités de la langue, en visant une certaine justesse par la maîtrise de l’aspect technique de la « chose écrite ». Plus tard, les vertus psychanalytiques de l’écriture ont sûrement été une raison suffisante pour que je m’attache à raconter certaines histoires bien précises. Maintenant, l’écriture est tout simplement un endroit où je me sens bien – sûrement la meilleure raison de vouloir demeurer sous l’emprise de cette petite folie !

2- En tant qu’auteur, a fortiori débutant, on voit toujours les maisons d’édition comme une forteresse imprenable pleine de dragons à visage humain et de magiciens du papier. L’édition classique vous a-t-elle déjà tenté ou l’auto-édition a toujours été une évidence ?  

• Ce qu’il y a de bien, avec les forteresses imprenables, c’est qu’on peut imaginer tout un tas de techniques pour essayer de les prendre quand même : ça a le mérite de stimuler l’imagination. Mais le jour où on se décide finalement à construire sa propre petite chaumière sur un lopin de terre à l’écart, on réalise qu’on peut y être très heureux – tout en y étant bien moins ennuyé par les dragons…
L’édition classique est longtemps restée une cible, l’autoédition étant plutôt « un accident » due à la facilité d’accès des outils qui permettent de se lancer. Mais suite à une conjonction d’évènements – quelques réponses d’éditeurs concordantes expliquant pourquoi une série comme la Tentation n’était pas faite pour l’édition « de masse », un nombre croissant de retours de lecteurs plutôt enthousiastes, de bonnes critiques sur différents blogs, et une certaine lassitude de dépenser du temps et de l’énergie pour monter des dossiers à l’intention des éditeurs – j’ai choisi d’assumer cette approche concernant la diffusion de mes livres. Et puis je pense que l’autoédition, si elle permet d’atteindre une masse critique de lecteurs, peut aussi être une voie d’accès vers l’édition classique. Une espèce de tunnel souterrain partant d’une petite chaumière et susceptible de déboucher dans la cour d’une forteresse…

3- Parlez-nous un peu de votre expérience ? Quel effet cela fait de tenir entre ses mains son « bébé » (fût-il d’encre et de papier) ? 


• Bien sûr, tenir entre ses mains le premier exemplaire de son livre est source d’un émerveillement qui vous conduit à afficher un petit sourire idiot – même si le livre en question est doté d’une hideuse couverture verte avec votre nom d’auteur en jaune « queue de vache » dessus (j’ai depuis remédié à cet attentat chromatique en m’adjoignant les services de maître Sam Colasse, illustrateur attitré de chaque tome de la Tentation). Mais le vrai shoot de bonheur pur, je l’ai connu avec les premiers retours de lecteurs anonymes ; réaliser que ses personnages ont réussi à sortir de votre tête pour vivre la vie que vous leur avez concoctée dans une autre : ça reste pour moi la plus grande source d’émerveillement.

4- A votre avis, quels sont les avantages et les limites de l’auto-publication ? 


• Avec l’auto-publication, vous pouvez aller vite, et mettre en quelques heures le fruit de vos nuits blanches à disposition des lecteurs potentiels ; avec le risque d’aller trop vite et de publier un livre inachevé, pas suffisamment relu, avec des fautes, des incohérences.
Avec l’auto-publication, vous pouvez sortir un livre qui n’entre dans aucune case, qui n’a pas sa place dans une collection ; avec le risque de ne pas être facilement identifiable par le public qui pourra passer complètement à côté.
Avec l’auto-publication, vous maîtrisez votre histoire, vos personnages, votre style, dans une liberté totale de créer ce que vous voulez ; avec le risque de faire n’importe quoi.
Avec l’auto-publication, vous maîtrisez également votre communication, les outils à exploiter pour vous faire connaître ; avec le risque de ne jamais trouver le juste équilibre entre invisibilité totale et détestation pour cause de spam.
Avec l’auto-publication, vous pouvez posséder et mettre en vente des exemplaires papier de vos livres sans vous ruiner, grâce à l’impression à la demande ; mais vous aurez beaucoup de mal à les voir dans la devanture d’une librairie ou exposés dans un salon.
Avec l’auto-publication, vous pouvez garder pour vous jusqu’à 70% du prix de votre livre numérique, et jusqu’à 30% (voire plus) du prix de la version papier, contre respectivement 30% et 8-10% dans l’édition classique ; mais à priori, vous en vendrez beaucoup moins.
Avec l’auto-publication, vous n’avez aucun intermédiaire entre vous et vos lecteurs ; mais vous êtes aussi le seul à prendre les coups s’il doit y en avoir.
Finalement, l’auto-publication est particulièrement adaptée à la diffusion d’œuvres au public-cible confidentiel, dont la taille ne permettrait pas d’envisager la rentabilité économique pour un éditeur professionnel.

5- Si l’encre et le papier donnent une consistance différente à son roman, toute l’étape de gestation du projet, entre le moment où germe l’idée et celui où le roman sort de l’imprimerie, n’est pas sans embuches. Quelles ont été vos principales difficultés ? La page blanche, la jungle de l’édition, ou les travers de l’auto-édition ? 


• Une fois le processus d’écriture enclenché, une fois trouvée la trame, la ligne directrice et le ton de ma série, je n’ai jamais connu les affres de la page blanche, sans doute parce que je raconte une même histoire depuis huit ans, et que ses grandes lignes sont parfaitement définies depuis le début. Ma principale difficulté a consisté à trouver le bon rythme de travail, entre mes obligations professionnelles et familiales, tout en alternant les phases d’écriture et de promotion. La principale difficulté, en fait, ça a été de trouver du temps.

6- Ce journal est dédié aux membres d’une communauté d’auteurs web. Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui souhaitent tenter l’excitante aventure de l’auto-édition ? Quels sont les pièges à éviter ? 


• Les sites web qui donnent des conseils techniques pour se lancer dans l’autoédition sont légion. Mais je pense qu’au-delà de la meilleure façon de formater ses livres, de trouver ses prestataires, de fixer son prix, d’assurer sa promotion, il faut apprendre à accepter le résultat de tous ces efforts, quel qu’il soit. A trouver en soi les raisons pour ne pas se sentir frustré, découragé, abattu, par un manque de réussite à l’aune de la façon dont elle est habituellement mesurée. Le piège, c’est aussi de terminer un livre, de le lancer dans l’arène de l’autoédition et de ne prendre aucun plaisir à ce qui suit : markéter, communiquer, vendre. Posez-vous la question de vos attentes réelles et de l’investissement personnel que vous êtes capable d’assumer tout en conservant le plus important : l’envie d’écrire, indépendamment du désir d’être lu.


7- Dans la machinerie d’édition classique, la publicité d’un roman se fait par le biais d’un réseau très sélect de gens voués à la vente de livres. Qu’en est-il dans le cas d’un auteur auto-publié ? Comment faites-vous votre promotion ? 


• Je trouve très juste ce témoignage de J. Heska, auteur autopublié en quête de succès : http://www.jheska.fr/la-recherche-du-succes-ou-le-spleen-de-lauteur/ Il parle de la difficulté principale de l’auteur qui choisit de tout gérer lui-même : comment ne pas passer pour un parfait égotique quand on est à la fois celui qui a écrit (et qui se doit d’être modeste par rapport à son œuvre) et celui qui doit vendre (dont l’efficacité repose sur la glorification du produit) ? Bien sûr, la démarche implique de mettre en place et d’utiliser toute une panoplie d’outils pour se faire connaître : blog, forums, twitter, Facebook… Mais le « bon usage », celui qui ne fait pas de nous quelqu’un d’à la fois auto-suffisant et désespéré, est difficile à trouver. Ça a failli mal se passer pour moi sur le forum Geekzone, par exemple : http://www.geekzone.fr/ipb/topic/44874-livre-la-tentation-de-la-pseudo-reci… (Mais ça valait le coup de se rattraper !)
Le remède, finalement, ne dépend pas de soi : mais des lecteurs qu’on aura réussi à convaincre. Ce sont eux les « moteurs de recommandation » les plus efficaces, capables de faire en sorte que la machine s’emballe.

8- Des infos croustillantes sur votre actualité ? Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 


• Sur le dernier tome de ma saga ! Je prévois de le sortir en décembre. Et ce sera la fin d’une aventure commencée sur un cahier de texte il y a près de vingt ans…

9- Parmi tous les retours de fans et/ou toutes les rencontres que vous avez pu faire avec votre lectorat depuis le début de votre aventure scripturale, laquelle vous a le plus marquée ?


• Aaaarg, difficile de choisir ! En raison de mon mode de diffusion particulier (j’échange mon premier tome gratuitement contre une adresse mail) je suis en contact avec beaucoup de mes lecteurs. Qui n’hésitent pas à me dire ce qu’ils ont pensé de mes livres, en bien ou en mal. Les forums sur lesquels je suis présente (Geekzone, prepa-forum, e-lire, Jeunes Ecrivains…) sont également à l’origine de pas mal de chouettes rencontres. Il y en a deux qui ont eu un impact particulier : celle du directeur de la publication de Tangente qui s’est battu pour obtenir d’insérer sa critique de ma saga dans le magazine ; et celle d’un prof de maths de prépa, avec lequel j’ai eu de longues e-conversations sur la psychologie de mes personnages et qui, ayant bêta-relu le tome 7 de la Tentation, a réussi le tour de force de… m’en faire modifier la fin.

10- Parlons maintenant de vos livres et plus particulièrement le premier tome des aventures de Peter Agor, héros de « La tentation de la pseudo réciproque », que vous décrivez comme : « une série de 7+1+1 romans comiques, scientifiques, policiers, initiatiques, d'espionnage, politiques, d'amour, d'horreur ». Dites-nous en un peu plus ? D’où vous est venu cet univers multigenre ? 


• Au tout début de l’histoire, Peter Agor est un étudiant en classe préparatoire scientifique, maladroit et peu sûr de lui, confronté à une affaire loufoque de profs qui ne sont pas tout à fait ce qu’ils paraissent être. Par la suite, chaque tome se déroule au cours d’une nouvelle année dans la vie du héros, qui évolue, grandit, et se retrouve à faire face à des énigmes aux enjeux de plus en plus importants. Le lecteur peut s’arrêter à la fin du tome 7 : il aura une histoire complète avec la réponse à la plupart de ses questions. Le premier tome « +1 » est en réalité un tome à part qui permet de revivre quelques épisodes des sept premiers à travers le regard « du tueur ». Il apporte également un éclairage particulier sur quelques points restés obscurs dans la série initiale. Le deuxième tome « +1 », soit le 8, actuellement en cours d’écriture, fait directement suite au tome 7. Il conclut de façon définitive la Tentation de la pseudo-réciproque.
Le côté multi-genres de cette saga vient de mon envie de traiter au sein d’un même univers et avec les mêmes personnages des thèmes différents : on y trouve ainsi, au fil des tomes, des codes secrets, des complots, une chasse au trésor, un « whodunit », des organisations secrètes, des concepts scientifiques, des réflexions sur des sujets d’économie et de politique et une histoire d’amour qui sert de fil rouge. J’ai incorporé dans mes livres les ingrédients que j’aime en tant que lectrice. Ça n’aide pas à entrer dans une case, mais c’est pas mal pour s’en créer une à soi !
Ma façon d’écrire a aussi évolué de livre en livre, de façon inconsciente, bien sûr, puisqu’on apprend avec l’expérience, mais aussi dans le but de suivre la maturation de mes personnages. Le côté très léger du premier tome avec ses blagues potaches laisse peu à peu place à quelque chose de plus grave, de plus posé. Une façon de mêler le fond et la forme. Voilà pour son côté expérimental !

11- Enfin, une petite dernière. Question bonus, subsidiaire, ou pour la route, qu’importe le nom qu’on lui donne c’est notre cerise sur le gâteau : mon petit doigt m’a dit que le nom de vos personnages était le fruit de savants jeux de mots. Une savoureuse trouvaille, mais d’où vient l’idée ? 

 
• Je l’ai piquée au traducteur français de Douglas Adams (H2G2 : le routard galactique) : Jean Bonnefoy. Je suis aussi une grande admiratrice de l’oulipisme et de l’écriture à contrainte. J’aime ce côté ludique qui se prend très au sérieux dès qu’il est question de rigueur. Il y a en outre une vraie logique dans les noms attribués à mes personnages, qui permet dans certains cas d’anticiper ce qui va se passer dans la suite… Je laisse à chaque lecteur le soin de se pencher sur cette énigme !

Et voilà Plumettes et Plumeaux, c’est déjà fini. Nous remercions chaleureusement Kylie Ravera pour sa participation, sa sympathie et sa réactivité. Si cette interview vous a mis l’eau à la bouche et que vous voulez en savoir plus sur sa plume, je vous invite à consulter son site internet à cette adresse : http://kylieravera.fr/
Remercions également Flammy pour m’avoir mise sur la voie de cet article.


A bientôt pour un nouveau Paroles de Pros.
C’était Shao déjà en quête d’interviews inédites



Extrait du tome I de la Tentation de la pseudo-réciproque de Kylie Ravera :

Il y avait dans le hall d’entrée du lycée Pépin-le-Bref, comme dans la plupart des lycées, un panneau d’affichage réservé aux petites annonces. Mme Lagarde, la concierge, était normalement en charge de les filtrer, mais comme sa petite taille ne lui permettait pas d’atteindre les deux tiers supérieurs du panneau, tout le monde pouvait venir y punaiser à peu près n’importe quoi.
Il y en avait une en particulier dont je n’avais pas réussi à savoir si elle était sérieuse ou pas :
« Agence E. Marolex, détection, enquête, investigation, résolution de problèmes à complexité finie, démonstrations par l’absurde. Deux jours de prestation offerts sur présentation de ce coupon ».
Je m’étais demandé un moment s’il ne s’agissait pas d’une nouvelle communication marketing d’une boîte à concours proposant de résoudre pour eux les exercices de maths des élèves. Mais outre le fait que ça ne collait pas vraiment avec la partie « détection, enquête et investigation », il n’y avait pas non plus de créneau pour ce type d’entreprise : lorsque l’on fait partie de la masse ignorante des élèves, on doit apprendre à résoudre soi-même ses exercices, car tous les E. Marolex du monde ne pourraient empêcher un sévère plantage le jour des concours où l’on se retrouve invariablement tout seul devant la feuille blanche. Je commençais à en savoir quelque chose…
Une fois cette hypothèse écartée, il ne restait plus que la piste du détective privé. Je trouvais curieux qu’un détective dépose une petite annonce dans un lycée, lieu en général peu réputé pour ses problèmes d’adultère et de meurtre. Mais je ne prétends pas connaître toutes les études de marché réalisées sur le sujet.
Comme pour conforter la stratégie marketing de l’agence Marolex, après avoir retourné mon problème dans tous les sens pendant une nuit, je décidai de profiter du coupon de réduction qui donnait droit à deux jours d’investigation gratuits et résolus de la contacter.

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