Coucou les plumes,
Pour
ce nouveau numéro du Paen, j’ai décidé de sortir des sentiers battus en
vous proposant de découvrir un point de vue différent de ceux que l’on
vous présente d’habitude à travers les témoignages d’éditeurs. En effet,
aujourd’hui nous mettrons à l’honneur les librairies. Et une en
particulier.
Niché au cœur de la forêt bétonnée des habitations
parisiennes, se cache un arbre tout particulier qui un jour a troqué
bois et sève contre la magie de l’encre et du papier. Il est alors
devenu « L’Arbre à Lettres », une librairie de proximité qui, a
contrario de nombre de ses frères et sœurs dont nous ne citerons pas les
noms, ne se contente pas de vendre des livres. Sans attendre, rentrons
donc tout de suite dans le vif du sujet :
1/
L’arbre à lettres, c’est une librairie parisienne qui se revendique
avant tout comme un lieu de convivialité et de partage où l’imaginaire
est roi et le conseil précieux. Un service humain qui fait toute la
différence. Pensez-vous qu’à l’heure d’internet et du tout numérique,
cette démarche soit une nécessité pour la survie des librairies
classiques ?
• Oui, je pense qu'elle est primordiale. Avec
ces nouvelles valeurs technologiques, la nostalgie du contact humain et
de la proximité sont en hausse. Les gens utilisent de plus en plus de
moyens de communication distants, et prennent l'habitude de faire leurs
courses, leurs rencontres via des sites web. L'Arbre à Lettres est une
librairie de quartier, riche de client habitués, et connue pour les bons
conseils de ses libraires. On peut voir avec la triste fermeture des
centres Virgin que les clients ne souhaitent plus de "supermarché" de la
culture, mais plutôt un magasin où les conseils et les connaissances
sont rois. Avec ma spécialisation, la jeunesse, le conseil et le coup de
cœur sont nécessaires. Je lis sans arrêt et regarde les albums afin de
prodiguer les meilleurs retours aux clients. Je suis loin d'être avare
avec mes coups de cœur, car j'aime savoir mes clients autonomes, mais
j'aime aussi conseiller et renseigner grands-parents, parents, oncle,
tantes, amis et les enfants eux-mêmes.
2/
Vous devez fréquemment recevoir la visite des commerciaux des valeurs
sûres de l’édition qui arrivent avec leurs best-sellers en devenir, mais
qu’en est-il pour ce qui est des maisons d’éditions plus modestes ?
Comment choisissez-vous les ouvrages de votre catalogue ?
Qu’attendez-vous d’un livre ?
• En effet, nous voyons des
représentants toutes les semaines. Ceux-ci nous présentent leurs
catalogues et argumentent pour leurs livres. Je veille à avoir tous
types d'albums et de romans en rayon. Des best-sellers, évidemment, mais
aussi des premiers romans, des albums de type classique de Gallimard et
des "albums à message" de Rue du Monde par exemple. Beaucoup de petits
éditeurs (Courtes et Longues, Billeboquet, Frimousse, Alice...)
proposent des albums au graphisme particulier ou aux sujets graves qui
ne correspondent parfois pas à notre clientèle. J'essaie de choisir des
livres de types différents qui me plaisent ou plairont à mes collègues
et surtout à nos clients.
3/ Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent ?
•
Les gens braqués que sur leurs idées!!!!!!! Ils veulent un roman sur le
football, sur les chevaux ou encore une belle histoire d'amour, et rien
d'autre! Si nous n'avons pas de titres qui correspondent en rayon, on
est foutu! Il est très frustrant de ne pas pouvoir combler un client par
manque de titres ou par manque de curiosité. Sinon, le travail avec un
représentant est souvent dur pour moi, car il faut prendre un "pari" sur
un livre avec, parfois, très peu d'informations. Je rajouterai que
lorsqu'on côtoie sans arrêt de belles couvertures et d'alléchants
résumés, il est difficile de faire un choix ou de se résoudre à ne pas
lire un roman par manque de temps.
4/
En tant que libraire, vous êtes l’ultime maillon entre l’auteur et le
lecteur. A ce titre, vous devez bien connaitre les envies des lecteurs,
arrive-t-il aux maisons d’éditions de vous demander votre avis sur les
nouvelles tendances ?
• Jamais. Ce sont eux qui
crée la tendance! Pocket a sorti Hunger Games il y quelques années, et
depuis, la dystopie fleurit. Pareil pour la saga Twilight. Les éditeurs
produisent, ils savent que les adolescents aiment lire des romans de
mêmes thèmes et de mêmes structures. Ma collection pour adolescent
préférée est "Scripto", chez Gallimard. Ils publient beaucoup de romans
historiques, souvent à thèmes difficiles, comme "Max" qui parle du
nazisme du point de vue d'un enfant arien ou comme "La Décision",
magnifique roman sur le déni de grossesse. J'aime ces thèmes à
contre-courant. Il m'arrive quand même souvent de parler d'une
collection ou d'un roman avec mes représentants. J'ai également déjà
rencontré les éditrices de la collection MSK chez le Masque, par
exemple, qui m'ont présenté leur ligne éditoriale et se sont intéressées
au goût de mes clients.
5 /
Une fois un livre choisi, commandé et arrivé dans votre librairie tout
en encre et en papier, comment se déroule la phase de promotion ? Vous
arrive-t-il d’organiser des séances de lecture comme cela se pratique
aux USA, ou des séances de dédicaces, ou l’auteur doit rester un
inventeur mystérieux tapi dans l’ombre de ses pages ?
•
Un inventeur mystérieux tapi dans l'ombre de ses pages... Très belle
formule! Il nous arrive de faire une rencontre avec des auteurs. Depuis
que je travaille à l'Arbre à Lettres, j'ai surtout rencontré des auteurs
de littérature adulte. Nous avons quand même invité Geronimo Stilton et
une écrivain et dessinatrice célèbre, Gerda Müller, viendra signer chez
nous fin octobre. Un de mes buts à long terme et d'organiser plus de
rencontres avec des illustrateurs et écrivains pour enfants et
adolescents. Mon rêve ultime serait de recevoir Jean-Claude Mourlevat,
mon idole! Je suis "pour" la rencontre auteur-public. L'auteur doit être
disponible, selon moi, pour partager son travail et répondre aux
questions de ses lecteurs.
6/
Christelle Dabos, l’auteure de la Passe-Miroir et gagnante du concours
premier roman de Gallimard est à l’origine une perle du net.
Envisageriez-vous de travailler un jour en collaboration avec des
auteurs du web qui s’auto-publient afin de promouvoir ces talents issus
des nouvelles technologies ? Est-il possible à votre échelle de
commercialiser de tels ouvrages ?
• Il m'est difficile de
vous répondre, car c'est notre gérant qui s'occupe de ces cas-là. Mais
nous sommes toujours d'accord de voir un livre et il nous arrive de
prendre des titres en dépôt.
7/
Avec l’avènement des tablettes tactiles et autres liseuses, le livre a
changé, troquant son encre et son papier contre un format électronique
que d’aucuns trouveront plus pratique. Que pensez-vous du livre
numérique ?
• Je ne suis pas contre les nouvelles
technologies, elles ont des avantages comme le gain de place ou le prix.
Cependant, pour moi, rien ne peut remplacer l'"objet livre" et le
papier. J'aime voir mon avancée dans un roman, revenir en arrière, et
sentir les pages qui ont toutes des odeurs différentes. Je suis une
amoureuse, que voulez-vous!
8/
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes auteurs qui souhaitent tenter
leur chance auprès des maisons d’édition ? Quels sont les pièges à
éviter ?
• Ne pas aller vers des éditions Internet, par
exemple. Celles-ci sont souvent éditées à compte d'auteur donc les
librairies ne peuvent pas les commander, les titres ne se trouvent que
via le site web. Il faut également bien se renseigner sur les lignes
éditoriales des maisons d'éditions. Par exemple, MSK du Masque ne publie
presque que des thrillers ou de la fiction, Doado au Rouergue publie
principalement des récits initiatiques ou de vie, etc... Finalement, il
est primordial de ne pas se décourager. Même s'il est parfois difficile
d'entendre des critiques sur son oeuvre, son "bébé", il ne faut pas
hésiter à retravailler son style, sa syntaxe, sa structure, et à
persévérer! Pensez à Christophe Mauri qui a envoyé son premier manuscrit
à Gallimard à l'âge de treize ans et qui a fini par publier à
vingt-deux ans l'excellent Mathieu Hidalf!
9/ Enfin, pour finir sur une note plus originale, quelle est la requête la plus incongrue que l’on vous ait soumise ?
•
Alors ça... Il y en a des tonnes à raconter! Il y a d'abord ce qu'on
appelle des "Perles de Librairie", c'est à dire les jolies fautes ou
'emmêlage" d'étudiants ou de parents (comme La Banquette de Platon,
Germinable, Le Cidre de Corneille, Cyrano de Bergerac de Molière... Que
du véridique!) Sinon, j'ai de nombreux clients qui me demandent, lorsque
j'emballe un livre dans du papier cadeau, de laisser un côté ouvert
afin qu'ils le lisent avant... Je ne me suis toujours pas habituée à ça!
Finalement, voici une de mes plus belle perle, d'il y a six mois:
Une
cliente me demande le livre du fils de "celui qui a écrit Les Voyages
de Gulliver". Sur le coup, je suis sonnée, je ne connais pas de fils
écrivain à Jonathan Swift. Directement, je panique un peu et recherche
sur Wikipedia et Internet afin de répondre au plus vite à ma cliente.
Elle s'impatiente et me dit sèchement que je devrais le connaître car il
connait un franc succès avec son dernier livre. Arrêt "Euh... Madame...
Vous savez que Jonathan Swift est mort au 18ème siècle?" Elle cherchait
Graham Swift, qui n'a aucun lien avec Jonathan.
10/
Allez une dernière pour la route ! Nous n’avons jamais visité les
coulisses cachées d’une librairie : aimeriez-vous nous parler d’une ou
plusieurs activité(s) mal connue(s) du public et qui participe(nt) au
charme de cette profession ?
• La librairie est un
métier qui prend beaucoup de temps. On lit le soir ainsi que pendant nos
congés. Il est difficile d'être libraire à moitié, car c'est un état
d'esprit. Parlons des rencontres avec les éditeurs! Depuis neuf mois,
j'ai assisté à quatre rencontres éditeurs, que ce soit pour parler d'un
roman d'adolescent qui a bouleversé ses éditeurs (Nos Etoiles
Contraires, Nathan), pour le programme de Noël (Bayard) ou pour le
vernissage du dernier album d'un célèbre illustrateur (Marc Boutavant
pour Edmond, la fête sous la lune) On y croise des journalistes ou
d'autres libraires de milieux complètement différents, on partage, on
débat... Ce sont des moments très enrichissants.
Et
voilà Plumettes et Plumeaux, c’est déjà fini. Nous remercions
chaleureusement Madame Valentine pour sa participation et ses réponses
vraiment intéressantes. Pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir
plus en détails ce fameux arbre si particulier, je vous invite à
consulter leur site internet : http://www.arbrealettres.com/
A bientôt pour un nouveau Paroles de Pros. C’était Shao déjà en quête d’interviews inédites.
Shaoran
mardi 15 octobre 2013
Spécial Festival du Livre de Mouans-Sartoux
Vendredi 4 octobre 2013 - 9h30. Ici Cricri, votre dévouée plumeporter, envoyée en mission spéciale au Festival du Livre de Mouans-Sartoux. Je viens de retirer mon badge à l’accueil. Je vais profiter de ma couverture d’auteur pour pénétrer dans les coulisses de l’espace Jeunesse et vous révéler comment se passe un événement du genre, vu de l’autre côté des stands.
Le Festival a investi le centre ville de Mouans-Sartoux. À ciel ouvert, ce sont les marchands de livres d’occasion qui se sont installés sur chaque pan de trottoir. Tandis que je cherche l’espace Jeunesse où je dois me rendre, je vois déjà défiler un nombre impressionnant de vieux livres. Le temps est dégagé, l’atmosphère lumineuse, la ville empreinte d’un charme ancien. Le gymnase, la médiathèque et le cinéma sont réquisitionnés pour l’occasion, mais moi, je dois aller plus loin encore. Là, j’y suis ! Un grand chapiteau blanc est pris d’assaut par des bus scolaires. Je me faufile au milieu des enfants, présente mon badge et cherche l’emplacement de mon stand.
Vendredi 4 octobre 2013 - 10h00. Voilà, je suis installée devant une forteresse de romans flambants neufs… et un tantinet dépitée. Sur le programme, j’avais vu que je partagerais le stand avec quatre autres auteurs dont il me tardait de faire la connaissance : pour le moment, je suis seule. Seule avec ma timidité d’auteure débutante. Seule devant le va-et-vient des classes qui déambulent le long des autres stands : les albums, les imagiers et les illustrateurs attirent davantage l’intérêt des enfants que les romans pour grands. Enfin non, c’est incorrect, je ne suis pas vraiment seule. Deux jeunes hommes représentent la librairie qui héberge le stand ; ce sont eux qui feront les encaissements et ils me proposent déjà de quoi boire. Je décline poliment. J’ai l’estomac noué de stress, une vraie bleusaille !
Vendredi 4 octobre 2013 - 11h00. Youhou, ça commence à s’animer ! Les institutrices m’amènent des groupes d’enfants pour qu’ils me posent quelques questions. Comment vous appelez-vous, madame ? Qu’avez-vous écrit, madame ? Quel est votre genre de roman, madame ? Vous écrivez depuis quand, madame ? Quel est votre livre préféré, madame ? Armés d’un calepin comme des mini-journalistes, ils notent consciencieusement mes réponses. Il y a parfois de drôles de quiproquo : j’ai parlé de ma fanfiction sur Harry Potter et les enfants se sont persuadés que j’étais J.K.Rowling en personne. Je fais mes toutes premières dédicaces pour des institutrices et des bibliothécaires qui m’ont lue cet été et qui m’encouragent à continuer sur cette voie. Je vais faire de mon mieux, mesdames !
Vendredi 4 octobre 2013 - 12h00. Pause déjeuner. Je quitte le chapiteau en compagnie d’un autre auteur jeunesse de mon stand, Thomas, le premier dont je fais enfin la connaissance. Le temps que nous traversions la vieille ville, j’apprends qu’il a 18 ans, que le lancement de son premier roman démarre au quart de tour et qu’il a été interviewé par TF1 la veille au soir. Mama mia, il fallait que je tombe sur un petit génie ! Il dégage une telle assurance que j’ai l’impression qu’on a interverti nos âges. Le déjeuner se déroule dans le parc du château de Mouans-Sartoux : le cadre est d’un charme fou et l’air sent bon le Midi de la France. À notre table, d’autres auteurs ne tardent pas à se joindre à nous. On échange nos premières impressions et j’ai le sentiment que beaucoup se connaissent déjà. Je manque de m’étouffer avec mon taboulé en écoutant ma voisine de gauche : elle écrit de trois à cinq romans par an ! Tout en mastiquant mon repas, je suis absolument subjuguée par ces écrivains expérimentés, drôles, bons vivants et chaleureux qui siègent à côté de moi. Je culpabilise un peu de ne connaître aucun des noms écrits sur les badges et je me promets d’être plus curieuse à l’avenir.
Vendredi 4 octobre 2013 - 15h00. Je viens de commettre mon premier cafouillage. Les visites de classe continuent et cet après-midi, ce sont les collégiens qui défilent. Certains viennent me poser des questions pour le journal de leur école, ils sont d’un professionnalisme impressionnant ! À force de répondre à des questions très simples, j’ai baissé ma garde, j’avoue. Et puis voilà, j’étais en pleine digestion, je commençais presque à somnoler, vous comprenez ? Bref, tout ça pour justifier mes inavouables bégaiements quand deux adolescentes-journalistes sont venues vers moi pour m’enregistrer sur leur iPhone : « Qu’évoque pour vous la naissance d’un livre ? » Si un auteur doit être éloquent, je crois que je viens de faire une tache indélébile sur la réputation de toute la profession. Résolution du moment : rentrer à la maison, dormir comme une souche et être plus concentrée demain !
Samedi 5 octobre 2013 - 10h00. Je commence à me demander sérieusement si je suis dans le coup. Mon camarade de stand, Thomas le surdoué, vend livre sur livre alors que je passe, moi, presque complètement inaperçue. Comment puis-je rivaliser avec ce jeune homme plein de feu, qui harponne et aimante tous les visiteurs à grandes exclamations, qui les fait rire, qui les emballe, qui les convainc que son livre est un incontournable du genre ? Cet auteur est doublé d’un vendeur dans l’âme. Moi et mes pauvres sourires, on ne fait pas le poids. Mon dieu, sont-ils tous comme lui ?
Samedi 5 octobre 2013 - 14h30. J’ai la réponse à ma question. Les autres auteurs du stand sont arrivés en cours de journée et je m’aperçois que chacun a une approche du public totalement différente. Hop, je sors mon petit carnet mental et je prends note !
Cendrine, l’une des co-auteures des déjà célèbres « Oksa Pollock », m’explique qu’un auteur doit savoir s’entourer de mystère, ne pas entrer dans une relation copain-copine avec ses lecteurs, que cette juste distance fait partie du charme de la profession. J’écoute son expérience sur les précédents salons auxquels elle a participé et je ne la sens pas tellement emballée par celui-ci. Je trouve formidable qu’elle écrive en binôme avec une autre auteure. Elles se mettent à deux pour monter une histoire, l’une écrit le premier jet d’un chapitre, l’autre l’étoffe, etc. Elle et sa partenaire ont une affinité si forte qu’en lisant le livre, on ne ressent pas deux mais une seule âme tapie derrière l’histoire.
À ma gauche se tient Philippe : c’est un auteur de best-sellers connu pour ses polars pour adultes, mais il s’est récemment lancé dans des romans d’ados (en plus soft ou en moins trash, ça dépend sous quel angle on considère la chose). Cet homme possède une douceur, une discrétion et une humilité qui l’auréolent de ce mystère fascinant dont me parlait Cendrine. Il est tout le temps en train d’écrire : quand ce n’est pas pour faire ses dédicaces, il griffonne des notes dans un beau cahier de cuir. C’est l’incarnation même de l’écrivain traditionnel.
Enfin, il y a Marilou, l’auteure de « la Lune mauve », avec qui j’ai très rapidement sympathisé. Elle a une personnalité proche de la mienne, avec une touche d’expérience en plus. J’ai su qu’on allait s’entendre dès qu’elle a renversé son verre d’eau sur la table pour la deuxième fois consécutive. Marilou, c’est l’exemple même de l’écrivain en phase avec son époque : un iPad dans une main, un iPhone costumisé dans l’autre, elle maîtrise les nouvelles technologies sur le bout des doigts. Elle n’hésite pas à donner son mail personnel à des jeunes qui lui demandent des conseils d’écriture. À moi, elle file des petites astuces pour personnaliser les dédicaces : une couleur de stylo en rapport avec le livre (mauve pour elle, en l’occurrence) et un petit tampon personnalisé. Je trouve ça trop fort ! Elle me fait part de son propre ressenti d’auteur, le stress inhérent aux attentes des lecteurs quand on écrit la suite d’une saga, le décalage entre l’avant édition et l’après édition. Je me reconnais beaucoup dans son témoignage, c’est très réconfortant.
Dimanche 6 octobre 2013 - 17h30. Le festival touche à sa fin. J’ai beaucoup gagné en assurance au fil du temps et des rencontres. J’ai pu faire la connaissance de mes lecteurs, acquis ou à venir, et mes petites dédicaces sont devenues de moins en moins tremblotantes. J’ai aussi appris à m’adapter au type de public qui s’adresse à moi : parler d’ambiance Fantasy Steampunk à une mère de famille, ça ne lui évoque strictement rien ; par contre, lui dire que mon univers est proche du « Château Ambulant » de Miyazaki, là, ça fait mouche à tous les coups ! J’ai aussi appris qu’en matière de littérature jeunesse, venir à un Salon armé d’un simple stylo noir, c’est un peu prosaïque. Les autres auteurs offraient des affiches, des marques-pages, des extraits gratis, ou faisait des dédicaces personnalisées… ça aussi, ça fait partie du rêve.
Mais ce que je retiens surtout de cette expérience, ce sont les échanges humains : des adolescents en quête d’évasion, des grands-parents qui veulent donner le goût de la lecture à leurs petits-enfants, des illustrateurs et des auteurs amateurs qui essaient de se lancer. Je me suis finalement rendue compte qu’un Festival, ce n’étaient pas les auteurs d’un côté du stand et les lecteurs de l’autre. C’est avant tout une réunion d’amoureux des livres.
Cristal
dimanche 1 septembre 2013
Editorial
Pour cette formule régionale du 1er septembre 2013, vous trouverez au programme :
- Plume et astuce : Cristal donne son point de vue sur... eh bien... le point de vue.
- Nos Imagineurs : Slyth a interviewé l'auteure poético-mathématicienne des Ciseaux !
- Les perles de PA : parce que Plume d'Argent puise sa substance en vous.
- La galerie des plumes : des plumes avec des crayons et des pinceaux, c'est toujours quelque chose.
- Spécial IRL : la grande rencontre plumesque de l'été racontée à plusieurs voix !
Astuce : Faite un peu défiler la page qui s'affiche et cliquez sur 
Vous y trouverez des contenus bonus, alors pourquoi vous en priver ? Toute l’équipe vous souhaite une bonne lecture !
Cristal et Saïph, rédactrices en chef
Vous y trouverez des contenus bonus, alors pourquoi vous en priver ? Toute l’équipe vous souhaite une bonne lecture !
Cristal et Saïph, rédactrices en chef
Plumes et Astuces
Question de point de vue
Aujourd’hui, j’ai choisi d’aborder la question du point de vue narratif, également appelé « focalisation » (oh, les vieux souvenirs de collège !). Je pense que ce sujet est d’autant plus susceptible de vous intéresser qu’il concerne n’importe lequel d’entre vous, auteur débutant ou confirmé, quel que soit votre genre littéraire ou votre style d’écriture. En effet, le point de vue est à l’auteur ce que la caméra est au réalisateur : c’est lui qui définit l’angle sous lequel est racontée l’histoire. Vous comprendrez dès lors que selon votre choix (délibéré ou pas), ça changera toute la perspective du récit. Je vais aborder ici les différents points de vue possibles, sans prétendre que l’un est meilleur que l’autre : à vous de déterminer lequel servira le mieux votre histoire !
Le point de vue omniscient
On parle de point de vue omniscient ou de focalisation zéro quand le narrateur* de l’histoire sait absolument tout sur tout de tous les personnages : leurs pensées intimes, leur passé, présent et futur, ce qu’ils font chacun de leur côté et ce même s’ils sont séparés par des milliers de kilomètres. Votre narrateur est Dieu. Dans ce genre de récit, on glisse du point de vue d’un personnage à celui d’un autre, parfois sans transition, comme si on pouvait voyager de tête en tête. Le lecteur peut même savoir des choses que tous les personnages de l’histoire ignorent ! Comme l’explique très bien la Wikiversité « aucune réalité, la plus dissimulée soit-elle, la plus complexe, la plus inconsciente même, ne lui échappe [au narrateur] et donc n’échappe au lecteur ».
Le point de vue omniscient est particulièrement intéressant quand votre intention d’auteur est, par exemple, de brosser un tableau de psychologies avec le plus d’exhaustivité possible (c’est la démarche de Balzac pour sa Comédie humaine) ou de dévoiler un monde imaginaire dans ses moindres rouages (comme Terry Pratchett le fait, avec énormément d’humour, dans les Annales du Disque-monde). En revanche, si vous maniez des récits où les secrets, les zones d’ombre ou le suspense sont des ingrédients importants, le point de vue omniscient sera à manier avec des baguettes.
* À ne pas confondre avec vous-même, auteur en chair et en os, parce que oui, l’écriture reste un acte fondamentalement schizophrénique.
Le point de vue externe
Le point de vue externe peut être soit neutre, soit impliqué.
Pour le point de vue externe neutre, j’ai envie de dire que c’est l’antipode du point de vue omniscient. Le narrateur reste un témoin extérieur à l’histoire (ce n’est pas un personnage) et en plus il ne connaît rien d’autre que ce qui est montré. Avec ce genre de focalisation, tout se passe comme si votre lecteur assistait à l’histoire comme à un film, sans voix off pour dire ce qui se passe dans le crâne et dans le cœur des personnages. Vous, auteur, vous vous cantonnez à décrire les actions et les dialogues, sans émettre de jugement personnel, en toute objectivité. Tout au plus, vous pouvez attirer l’attention sur telle expression du visage, sur tel geste équivoque, sur tel détail important, comme le ferait le zoom d’une caméra.
Ce point de vue est intéressant si votre démarche d’auteur est d’atteindre une objectivité totale, si l’action du récit, les faits présentés sont plus importants que la psychologie intime des personnages. Revers de la médaille : votre lecteur aura plus de mal à s’identifier à ces derniers.
Concernant le point de vue externe impliqué, la démarche est la même que ci-dessus, à cette différence près que votre narrateur prend de la consistance et s’autorise des commentaires personnels. Il ne connaît toujours pas les pensées et les sentiments intimes de vos personnages, il n’est toujours pas lui-même un protagoniste intérieur au récit, mais il raconte l’histoire en y mettant sa petite touche personnelle : ton ironique, ton poétique, ton dramatique, etc. Si je devais choisir un exemple, je citerais les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire où le narrateur (qui porte d’ailleurs le même nom que l’auteur du livre, Lemony Snicket) raconte l’histoire des trois orphelins sur un ton bien à lui : « Si vous aimez les histoires qui finissent bien, vous feriez beaucoup mieux de choisir un autre livre. Car non seulement celui-ci finit mal, mais encore il commence mal, et tout y va mal d'un bout à l'autre, ou peu s’en faut. »
Le point de vue interne
Le point de vue interne plonge directement votre lecteur dans la peau du personnage. Nous ne voyons que ce que votre héros regarde, nous n’entendons que ce qu’il écoute, nous suivons le processus de ses raisonnements et nous assistons à l’ébullition de ses émotions. Bref, toute la perception de la narration est concentrée sur la sienne. Si le point de vue interne est systématique dans les récits écrits à la première personne (« je »), il est tout à fait possible de le trouver aussi dans des récits écrits à la troisième personne : c’est ce que fait par exemple J. K. Rowling dans les Harry Potter. Si vous optez pour cet angle d’attaque, je vous conseille de l’exploiter à fond pour en tirer le meilleur jus : maintenez un bon équilibre entre le cérébral, l’émotionnel et le sensoriel afin de permettre à votre lecteur de vivre en phase avec votre héros. Vous pouvez aussi recourir à cette narration pour produire des effets de surprise, comme l’a fait Agatha Christie dans Le Meurtre de Roger Ackroyd. En effet, le point de vue interne n’empêche pas votre personnage de dissimuler des informations au lecteur, de se mentir à lui-même, d’être prisonnier de sa subjectivité : ces zones d’ombre sont autant de pistes de réflexion intéressantes !
Si un roman peut être entièrement écrit avec une seule focalisation interne, il peut également l’être avec plusieurs. N’est-ce pas alors un point de vue omniscient ? me demanderez-vous. Non, pas si vos focalisations se cantonnent à un nombre limité de personnages et que le lecteur ne sait rien d’autre que ce qu’ils savent eux-mêmes. Prenez le Trône de fer, de George R. R. Martin : un chapitre est égal à un point de vue (le chapitre porte d’ailleurs le nom du personnage dont le point de vue est adopté). Vous pouvez aussi glisser de la tête d’un personnage à un autre à l’intérieur d’une même scène, mais faites juste attention à ne pas déboussoler votre lecteur et à éviter les redites entre ce que les personnages pensent et ce qu’ils se disent.
J’aurais tendance à recommander l’usage d’un seul point de vue interne si votre récit comporte beaucoup de zones d’ombre que seul votre héros doit explorer. De cette façon, le lecteur fera chaque découverte au même rythme que lui. Si au contraire vous vous attaquez à une réalité plus vaste et plus complexe, si votre action se déroule simultanément dans plusieurs endroits à la fois, si vous vous heurtez vite aux limites d’un seul point de vue, je vous encourage à étendre la focalisation à d’autres personnages clefs.
Puis-je mélanger différentes sortes de focalisation ?
En écriture, il n’y a pas de loi, tout est possible. Certains parmi vous, dont je lis religieusement les histoires, le font déjà : pluralité des points de vues internes, une petite touche d’omniscience ici et là, un narrateur externe neutre qui apostrophe soudain le lecteur. Il n’y a pas de recette imposée, tous les points de vue se défendent (oui, bon, d’accord, le jeu de mots est de Shao, pas de moi). Je vous recommande simplement de réfléchir à ce que vous voulez mettre en lumière et ce que vous voulez garder dans l’ombre, puis d’adopter un angle de caméra en conséquence.
À présent, chers auteurs, n’hésitez pas à prolonger cette plume et astuce : quels points de vue aimez-vous adopter dans vos romans ? quelle focalisation vous a le plus étonné ? seriez-vous tentés d’essayer de nouveaux angles d’attaque ? La parole est à vous !
Cristal
Aujourd’hui, j’ai choisi d’aborder la question du point de vue narratif, également appelé « focalisation » (oh, les vieux souvenirs de collège !). Je pense que ce sujet est d’autant plus susceptible de vous intéresser qu’il concerne n’importe lequel d’entre vous, auteur débutant ou confirmé, quel que soit votre genre littéraire ou votre style d’écriture. En effet, le point de vue est à l’auteur ce que la caméra est au réalisateur : c’est lui qui définit l’angle sous lequel est racontée l’histoire. Vous comprendrez dès lors que selon votre choix (délibéré ou pas), ça changera toute la perspective du récit. Je vais aborder ici les différents points de vue possibles, sans prétendre que l’un est meilleur que l’autre : à vous de déterminer lequel servira le mieux votre histoire !
Le point de vue omniscient
On parle de point de vue omniscient ou de focalisation zéro quand le narrateur* de l’histoire sait absolument tout sur tout de tous les personnages : leurs pensées intimes, leur passé, présent et futur, ce qu’ils font chacun de leur côté et ce même s’ils sont séparés par des milliers de kilomètres. Votre narrateur est Dieu. Dans ce genre de récit, on glisse du point de vue d’un personnage à celui d’un autre, parfois sans transition, comme si on pouvait voyager de tête en tête. Le lecteur peut même savoir des choses que tous les personnages de l’histoire ignorent ! Comme l’explique très bien la Wikiversité « aucune réalité, la plus dissimulée soit-elle, la plus complexe, la plus inconsciente même, ne lui échappe [au narrateur] et donc n’échappe au lecteur ».
Le point de vue omniscient est particulièrement intéressant quand votre intention d’auteur est, par exemple, de brosser un tableau de psychologies avec le plus d’exhaustivité possible (c’est la démarche de Balzac pour sa Comédie humaine) ou de dévoiler un monde imaginaire dans ses moindres rouages (comme Terry Pratchett le fait, avec énormément d’humour, dans les Annales du Disque-monde). En revanche, si vous maniez des récits où les secrets, les zones d’ombre ou le suspense sont des ingrédients importants, le point de vue omniscient sera à manier avec des baguettes.
* À ne pas confondre avec vous-même, auteur en chair et en os, parce que oui, l’écriture reste un acte fondamentalement schizophrénique.
Le point de vue externe
Le point de vue externe peut être soit neutre, soit impliqué.
Pour le point de vue externe neutre, j’ai envie de dire que c’est l’antipode du point de vue omniscient. Le narrateur reste un témoin extérieur à l’histoire (ce n’est pas un personnage) et en plus il ne connaît rien d’autre que ce qui est montré. Avec ce genre de focalisation, tout se passe comme si votre lecteur assistait à l’histoire comme à un film, sans voix off pour dire ce qui se passe dans le crâne et dans le cœur des personnages. Vous, auteur, vous vous cantonnez à décrire les actions et les dialogues, sans émettre de jugement personnel, en toute objectivité. Tout au plus, vous pouvez attirer l’attention sur telle expression du visage, sur tel geste équivoque, sur tel détail important, comme le ferait le zoom d’une caméra.
Ce point de vue est intéressant si votre démarche d’auteur est d’atteindre une objectivité totale, si l’action du récit, les faits présentés sont plus importants que la psychologie intime des personnages. Revers de la médaille : votre lecteur aura plus de mal à s’identifier à ces derniers.
Concernant le point de vue externe impliqué, la démarche est la même que ci-dessus, à cette différence près que votre narrateur prend de la consistance et s’autorise des commentaires personnels. Il ne connaît toujours pas les pensées et les sentiments intimes de vos personnages, il n’est toujours pas lui-même un protagoniste intérieur au récit, mais il raconte l’histoire en y mettant sa petite touche personnelle : ton ironique, ton poétique, ton dramatique, etc. Si je devais choisir un exemple, je citerais les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire où le narrateur (qui porte d’ailleurs le même nom que l’auteur du livre, Lemony Snicket) raconte l’histoire des trois orphelins sur un ton bien à lui : « Si vous aimez les histoires qui finissent bien, vous feriez beaucoup mieux de choisir un autre livre. Car non seulement celui-ci finit mal, mais encore il commence mal, et tout y va mal d'un bout à l'autre, ou peu s’en faut. »
Le point de vue interne
Le point de vue interne plonge directement votre lecteur dans la peau du personnage. Nous ne voyons que ce que votre héros regarde, nous n’entendons que ce qu’il écoute, nous suivons le processus de ses raisonnements et nous assistons à l’ébullition de ses émotions. Bref, toute la perception de la narration est concentrée sur la sienne. Si le point de vue interne est systématique dans les récits écrits à la première personne (« je »), il est tout à fait possible de le trouver aussi dans des récits écrits à la troisième personne : c’est ce que fait par exemple J. K. Rowling dans les Harry Potter. Si vous optez pour cet angle d’attaque, je vous conseille de l’exploiter à fond pour en tirer le meilleur jus : maintenez un bon équilibre entre le cérébral, l’émotionnel et le sensoriel afin de permettre à votre lecteur de vivre en phase avec votre héros. Vous pouvez aussi recourir à cette narration pour produire des effets de surprise, comme l’a fait Agatha Christie dans Le Meurtre de Roger Ackroyd. En effet, le point de vue interne n’empêche pas votre personnage de dissimuler des informations au lecteur, de se mentir à lui-même, d’être prisonnier de sa subjectivité : ces zones d’ombre sont autant de pistes de réflexion intéressantes !
Si un roman peut être entièrement écrit avec une seule focalisation interne, il peut également l’être avec plusieurs. N’est-ce pas alors un point de vue omniscient ? me demanderez-vous. Non, pas si vos focalisations se cantonnent à un nombre limité de personnages et que le lecteur ne sait rien d’autre que ce qu’ils savent eux-mêmes. Prenez le Trône de fer, de George R. R. Martin : un chapitre est égal à un point de vue (le chapitre porte d’ailleurs le nom du personnage dont le point de vue est adopté). Vous pouvez aussi glisser de la tête d’un personnage à un autre à l’intérieur d’une même scène, mais faites juste attention à ne pas déboussoler votre lecteur et à éviter les redites entre ce que les personnages pensent et ce qu’ils se disent.
J’aurais tendance à recommander l’usage d’un seul point de vue interne si votre récit comporte beaucoup de zones d’ombre que seul votre héros doit explorer. De cette façon, le lecteur fera chaque découverte au même rythme que lui. Si au contraire vous vous attaquez à une réalité plus vaste et plus complexe, si votre action se déroule simultanément dans plusieurs endroits à la fois, si vous vous heurtez vite aux limites d’un seul point de vue, je vous encourage à étendre la focalisation à d’autres personnages clefs.
Puis-je mélanger différentes sortes de focalisation ?
En écriture, il n’y a pas de loi, tout est possible. Certains parmi vous, dont je lis religieusement les histoires, le font déjà : pluralité des points de vues internes, une petite touche d’omniscience ici et là, un narrateur externe neutre qui apostrophe soudain le lecteur. Il n’y a pas de recette imposée, tous les points de vue se défendent (oui, bon, d’accord, le jeu de mots est de Shao, pas de moi). Je vous recommande simplement de réfléchir à ce que vous voulez mettre en lumière et ce que vous voulez garder dans l’ombre, puis d’adopter un angle de caméra en conséquence.
À présent, chers auteurs, n’hésitez pas à prolonger cette plume et astuce : quels points de vue aimez-vous adopter dans vos romans ? quelle focalisation vous a le plus étonné ? seriez-vous tentés d’essayer de nouveaux angles d’attaque ? La parole est à vous !
Cristal
Nos Imagineurs
Salut les Plumes !
C’est la rentrée ! Et qui dit rentrée dit reprise des cours et donc, un peu de sérieux que diable !
Toutefois, je ne suis pas sûre d’être la mieux placée pour parler de ça. Je n’aime pas résoudre des problèmes, mon esprit logique est plutôt déficient et je suis carrément nulle question représentation spatiale. Je ne m’empresse pas de montrer mon compas à mes invités et connaître la racine carrée de 25 ne m’a jamais sortie d’une situation difficile.
Bref, vous l’aurez compris, les maths c’est pas trop mon truc !
Mais je connais une Plume qui saura à coup sûr rallier à sa cause les plus réticents d’entre nous.
Merci d’accueillir chaleureusement Mimi !
1. Commençons par une question aux allures mathématiques… Depuis combien de temps précisément écris-tu (secondes, minutes, heures, jours, mois années, siècles…) ?
Difficile à dire ! Il me semble que le premier livre que j’ai écrit était sur ma grand-mère et les oiseaux de son jardin. J’avais six ans, c’était pour un concours municipal que j’ai gagné (mais j’étais la seule dans ma catégorie…). Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des histoires, mais je m’en racontais déjà beaucoup, avec mes playmobils ou mes poupées ! Depuis, j’ai écrit quelques romans, des nouvelles, des chansons, des pièces de théâtre, des scénarii…
2. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ?
J’aime bien le fait qu’on puisse partir de pas grand chose, une idée, une image, un sentiment, et pouvoir construire une réflexion, des évènements, des personnes à partir de…rien ! C’est beau de se dire qu’une histoire n’existait pas avant qu’on ne l’imagine et qu’on ne l’écrive. J’aime bien aussi le travail que l’on fait autour, pour représenter un lieu, une scène, des personnages (même si j’ai moi-même du mal à me les représenter ; je les vois sans visage…), juste pour divertir quelqu’un (et se divertir soi !). Et puis, raconter des histoires pour faire passer un point de vue, des idées folles, des utopies.
3. La logique veut que personne ne soit parfait : quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?
J’ai le plus grand mal à rester cohérente, à ne pas sortir des éléments incongrus, improbables ou des situations illogiques ! J’ai aussi un mal fou à trouver le bon ton pour les premiers chapitres. Je mets des mois à produire un premier jet des premières pages à force de les recommencer ! En fait, c’est ça mon problème. Je suis perfectionniste (mais loin d’être parfaite !).
4. Tu lis certainement des textes sur le site, quel genre de commentatrice es-tu ?
Je suis une maniaque de l’orthographe alors je commence toujours par noter les fautes, le manque ou le surplus de virgules, les endroits qui ne me parlent pas ou mal formulés en présentant toujours une suggestion de remplacement. Je pars du principe (pour moi aussi) que si ça bloque dans la lecture, même très peu, c’est que le passage est à revoir. Parfois, il n’y a presque rien à changer. Je ne m’attends donc pas à ce que l’auteur suive mon conseil mais j’espère pouvoir lui être utile. J’essaie toujours de dire ce que j’aime dans l’histoire et pourquoi je reviens la commenter. Pour l’instant, j’ai surtout lu des histoires de très bonne qualité alors je n’ai pas à me forcer pour revenir lire !
5. Fais-tu partie de ces auteurs un peu fous qui pensent que leurs personnages ont une vie propre ? Est-ce qu’ils font parfois des choses auxquelles tu ne t’attendais pas ?
Non, pas vraiment. À une époque, je m’étais créé un personnage d’écrivain un peu insupportable (bon ça va, j’avais quinze ans…), qui s'appelait Elisabeth (dite Elie) et j’avais presque l’impression de l’entendre parler, mais maintenant je me soigne ! Pour en revenir à la question, j’écrivais une série de romans policiers entre neuf et treize ans et j’avais pour enquêtrices deux cousines de vingt-cinq ans, respectivement journaliste et garagiste, Claire Delune et Jessica Dopourmaiparan (on se moque pas !). C’était assez naturel pour que j’imagine leur vraie vie, mais je ne sais pas ce qu’elles font maintenant. Claire a dû se marier à son cher Fernand-Nathan Personne. Quant à Jessica… je suppose qu’elle travaille toujours au garage de monsieur Ralf Or. Son chat Bégonia ne doit plus être de ce monde, malheureusement.
6. Faisons maintenant plus ample connaissance avec l’histoire que tu as publiée sur La Plume d’Argent... Comment es-tu parvenue à donner naissance à Ciseaux ?
Un ami qui faisait ses études de maths dans la même promo que moi, avec qui j’aimais beaucoup parler, m’a un jour fait la leçon. En soit, ce n’est pas tellement le problème, je suis très sensible même si ça ne se voit pas toujours mais j’ai l’habitude qu’on me fasse la morale, je pense que c’est parce que je n’ai pas un comportement très habituel. Bref, toujours est-il qu’il m’a dit que je jouais un rôle et que j’essayais de prouver j’avais ma place en sciences alors que la logique me voyait en lettres. Ce qui m’a le plus touchée, je pense, c’est que j’avais moi-même du mal à faire cohabiter ces deux parties, ce que j’avais de scientifique et de littéraire. Que dire de ce type qui voulait devenir chercheur alors qu’il n’avait aucune imagination ? Finalement, c’est peut-être lui qui est le plus à plaindre.
Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai pensé à ce qui se passerait si je lui présentais un ami que j’avais au lycée, un artiste fou avec des cheveux bouclés, des yeux noirs, des chemises à carreaux et le regard noir perdu dans le plafond des couloirs du lycée qu’il traversait au pas de charge. (Celui-là m’a aussi fait des remarques sur mon orientation, d’ailleurs ! Un jour, alors qu’on était dans un cours commun (on était peu nombreux à faire allemand en première langue, il avait un accent très drôle, avec son cheveu sur la langue), il a aperçu un ouvrage épais dans mon sac et il m’a demandé ce que je lisais. J’ai sorti mon bouquin d’exercices résolus de maths pour terminale S. Je n’oublierai jamais le regard apitoyé qu’il m’a lancé à ce moment-là !) J’étais alors en deuxième année mais je sentais bien que je n’étais pas à ma place. Les maths me passionnaient, mais j’avais fait une dépression au début de l’année et je me remettais beaucoup en question à ce moment-là. Je n’avais pas encore l’idée d’en faire un roman, je ne pensais pas avoir assez à dire là-dessus, même si je tergiversais beaucoup sur l’avenir que j’allais donner à mes études. Je pensais alors partir en sociologie ou en littérature pour contenter tout le monde.
L’idée folle d’écrire Ciseaux vient d’un rêve que j’ai fait. Je me trouvais à l’extérieur d’une salle et j’attendais. Quand le moment est venu d’entrer, j’ai pris la rampe d’accès qui avait une particularité que je ne dévoilerai pas ici. Je suis rentrée dans la salle et j’ai vu tous les gens que j’avais rencontrés dans ma vie, ma famille, ceux que j’avais perdu de vue, absolument tout le monde. Je savais que j’étais là pour ma thèse de mathématiques, mais je ne sais pas si je l’ai eue. Je me souviens rarement de mes rêves pourtant. Celui-là est devenu l’épilogue de Ciseaux, et j’ai écrit le plan peu de temps après, et tout est parti de là.
7. Quelles ont été les réactions de tes tous premiers lecteurs quand tu as commencé à mettre ce texte en ligne ?
À la fin de ma première relecture, je l’ai envoyé à une amie de mes parents, que j’ai toujours connue et en qui j’ai confiance. C’est une habituée de la bêta-lecture, elle a d’ailleurs publié sur PA sous le pseudonyme de Molly59. Elle m’a envoyé un mot très touchant, que j’ai gardé précieusement, dans lequel elle me disait qu’elle avait vraiment bien aimé le concept de "démonstration", avec l’esprit mathématique du personnage principal qui imprègne la narration. J’ai commencé par le publier sur un autre site qui ne m’a pas apporté grand chose. Et pour finir, en arrivant sur PA, j’ai rencontré un excellent lectorat qui m’a fait des remarques très pertinentes, qui m’aident beaucoup à la correction.
8. Tu décris Ciseaux comme une "métaphore autobiographique et mathématique". Le fait d’écrire ce texte t’a-t-il apporté quelque chose d’un point de vue personnel ?
Plus que je ne l’imaginais ! Cependant, je ne m’en suis pas rendu compte en l’écrivant. Je l’ai écrit dans la nature, il y a encore des insectes écrasés un peu partout entre les pages de mon manuscrit ! Je faisais toujours les mêmes promenades, chaque jour, j’écrivais aux mêmes endroits, comme Lise qui revient travailler chez Albert, comme Hugo qui fait son petit tour quotidien dans le parc. C’était une vraie mise en abîme, et je construisais l’histoire et les dialogues comme une véritable démonstration, à partir de lieux et de personnes de mon enfance dont je m’inspirais, un vrai retour aux sources ! J’aurais pu le voir comme une revanche, mais je considère ce roman comme une preuve. C’est ma réponse à l’analyse de mon "ami" mathématicien, pour lui montrer que finalement, où est le problème ? Pourquoi mes textes de rêveuse seraient-ils incompatibles avec la science que j’aime ? Ce n’est qu’à ma rentrée en deuxième année de physique que je me suis rendu compte que j’assumais beaucoup mieux ces deux facettes de ma personnalité. J’ai grandi dans ma tête, je suis moins perdue, je ne sais toujours pas où je vais mais je sais que je ne vais plus nulle part. J’ai répondu à la question : qui suis-je ? Je suis Albert. Je suis une scientifique qui écrit des histoires et qui s’y épanouit.
9. Question de fan : En sachant que f(x) = 48x³ + 25x² - 128x + 5, quelles sont les racines de x ? Et plus sérieusement (parce que le sérieux, c'est quand même bien), tu dis que tes personnages t'ont été inspirés de personnes réelles. Est-ce qu'elles sont au courant qu'elles sont devenues des êtres de papier ? Et si oui, comment le vivent-elles ? Et toi, comment procèdes-tu pour les écrire - copie conforme ou petits réarrangements scripturaux ?
Les racines de x, je ne sais pas, mais les racines de f sont 1,370059567 0,03938843324 et -1,930281334 (merci à ma Casio Graph 35+ parce que j’avais commencé à résoudre à la main mais c’est vrai que c’est un peu long et difficile, quand même…) !
Sur les quatre personnages principaux, j’ai totalement inventé Albert, le grand-père (mais je trouve que c’est celui auquel je ressemble le plus !), mais les trois autres sont inspirés de personnes réelles. Hugo est pour ainsi dire une copie conforme de l’artiste dont je parlais plus haut, et la grand-mère cumule de nombreuses ressemblances avec ma mère et ma grand-mère. D’ailleurs, son prénom est une référence à une tradition familiale, celle de donner le nom de Marguerite à chaque génération. Quant à Lise, elle représente bien sûr le mathématicien.
J’ai parlé d’Hugo à mon ami dessinateur, qui m’a répondu, fidèle à lui-même : « Heureux d’être la source de tant d’inspiration ! » Mais j’avoue que je n’ai pas parlé de Lise ni même du sujet de ce roman au matheux. Je l’ai fait lire à sa petite amie qui m’a dit qu’elle le reconnaissait très bien dans ses états d’esprit, ses réflexions, ses paroles… que c’était même très déstabilisant. J’avoue que je me suis sentie un peu coupable, pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir été trop dure ! À mon avis, je l’ai même rendu plus vivable. Je ne sais pas si à lui, je le lui ferai lire un jour.
Pour l’adaptation, j’ai commencé par changer le genre de Lise. Pour moi, c’était plus simple, parce que ces deux-là ont leur fierté et je pense que dans la vraie vie, ils se seraient ignorés. Je me disais que si Lise était une fille, elle avait plus de chance de réussir à briser la glace que si elle était demeurée garçon, mais cela fait sûrement partie de mes préjugés. À part ça, je n’ai pas changé grand chose. Cependant, Lise a cette part de moi qui calcule tout et n’importe quoi, je ne pense pas que ce soit le genre de son modèle mais ça apportait une ambiance à l’histoire qui me plaisait bien.
10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?
Je voulais remercier toutes les plumes, qui se sont intéressées à moi et à ma petite histoire depuis mon arrivée, j’ai été si bien accueillie ! Je tenais à dire merci très spécialement à Cristal qui m’a invitée très calmement sur le site alors que je jouais la groupie dans une lettre de fan hystérique, et je souhaitais dire que j’aime énormément l’ambiance de Plume d’Argent, que je m’y plais beaucoup et que je vous remercie de ne pas me regarder de travers, même si je connais les 72 premières décimales de pi ! (si si, c’est vrai ;) ) Enfin, merci d’avoir lu jusqu’au bout, j’espère que je ne vous ai pas perdus en route !
Ainsi s’achève cette interview.
Je tiens à remercier Mimi puissance 3000 pour sa disponibilité, sa bonne humeur, sa motivation et son implication ! J’ai beaucoup apprécié nos échanges tout au long de la préparation de cette interview et je lui souhaite une excellente suite.
Certes, la démonstration de Ciseaux s’est achevée mais je ne doute pas que d’autres textes consciencieusement planifiés et calculés viendront certainement compléter ce parcours. Alors, Mimi, je te souhaite la meilleure continuation possible : continue à nous surprendre et à nous faire raisonner !
Merci à vous lecteurs et lectrices pour votre attention, je vous dis à la prochaine pour une nouvelle interview !
Gardez vos plumes affutées,
Slyth
C’est la rentrée ! Et qui dit rentrée dit reprise des cours et donc, un peu de sérieux que diable !
Toutefois, je ne suis pas sûre d’être la mieux placée pour parler de ça. Je n’aime pas résoudre des problèmes, mon esprit logique est plutôt déficient et je suis carrément nulle question représentation spatiale. Je ne m’empresse pas de montrer mon compas à mes invités et connaître la racine carrée de 25 ne m’a jamais sortie d’une situation difficile.
Bref, vous l’aurez compris, les maths c’est pas trop mon truc !
Mais je connais une Plume qui saura à coup sûr rallier à sa cause les plus réticents d’entre nous.
Merci d’accueillir chaleureusement Mimi !
1. Commençons par une question aux allures mathématiques… Depuis combien de temps précisément écris-tu (secondes, minutes, heures, jours, mois années, siècles…) ?
Difficile à dire ! Il me semble que le premier livre que j’ai écrit était sur ma grand-mère et les oiseaux de son jardin. J’avais six ans, c’était pour un concours municipal que j’ai gagné (mais j’étais la seule dans ma catégorie…). Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des histoires, mais je m’en racontais déjà beaucoup, avec mes playmobils ou mes poupées ! Depuis, j’ai écrit quelques romans, des nouvelles, des chansons, des pièces de théâtre, des scénarii…
2. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ?
J’aime bien le fait qu’on puisse partir de pas grand chose, une idée, une image, un sentiment, et pouvoir construire une réflexion, des évènements, des personnes à partir de…rien ! C’est beau de se dire qu’une histoire n’existait pas avant qu’on ne l’imagine et qu’on ne l’écrive. J’aime bien aussi le travail que l’on fait autour, pour représenter un lieu, une scène, des personnages (même si j’ai moi-même du mal à me les représenter ; je les vois sans visage…), juste pour divertir quelqu’un (et se divertir soi !). Et puis, raconter des histoires pour faire passer un point de vue, des idées folles, des utopies.
3. La logique veut que personne ne soit parfait : quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?
J’ai le plus grand mal à rester cohérente, à ne pas sortir des éléments incongrus, improbables ou des situations illogiques ! J’ai aussi un mal fou à trouver le bon ton pour les premiers chapitres. Je mets des mois à produire un premier jet des premières pages à force de les recommencer ! En fait, c’est ça mon problème. Je suis perfectionniste (mais loin d’être parfaite !).
4. Tu lis certainement des textes sur le site, quel genre de commentatrice es-tu ?
Je suis une maniaque de l’orthographe alors je commence toujours par noter les fautes, le manque ou le surplus de virgules, les endroits qui ne me parlent pas ou mal formulés en présentant toujours une suggestion de remplacement. Je pars du principe (pour moi aussi) que si ça bloque dans la lecture, même très peu, c’est que le passage est à revoir. Parfois, il n’y a presque rien à changer. Je ne m’attends donc pas à ce que l’auteur suive mon conseil mais j’espère pouvoir lui être utile. J’essaie toujours de dire ce que j’aime dans l’histoire et pourquoi je reviens la commenter. Pour l’instant, j’ai surtout lu des histoires de très bonne qualité alors je n’ai pas à me forcer pour revenir lire !
5. Fais-tu partie de ces auteurs un peu fous qui pensent que leurs personnages ont une vie propre ? Est-ce qu’ils font parfois des choses auxquelles tu ne t’attendais pas ?
Non, pas vraiment. À une époque, je m’étais créé un personnage d’écrivain un peu insupportable (bon ça va, j’avais quinze ans…), qui s'appelait Elisabeth (dite Elie) et j’avais presque l’impression de l’entendre parler, mais maintenant je me soigne ! Pour en revenir à la question, j’écrivais une série de romans policiers entre neuf et treize ans et j’avais pour enquêtrices deux cousines de vingt-cinq ans, respectivement journaliste et garagiste, Claire Delune et Jessica Dopourmaiparan (on se moque pas !). C’était assez naturel pour que j’imagine leur vraie vie, mais je ne sais pas ce qu’elles font maintenant. Claire a dû se marier à son cher Fernand-Nathan Personne. Quant à Jessica… je suppose qu’elle travaille toujours au garage de monsieur Ralf Or. Son chat Bégonia ne doit plus être de ce monde, malheureusement.
6. Faisons maintenant plus ample connaissance avec l’histoire que tu as publiée sur La Plume d’Argent... Comment es-tu parvenue à donner naissance à Ciseaux ?
Un ami qui faisait ses études de maths dans la même promo que moi, avec qui j’aimais beaucoup parler, m’a un jour fait la leçon. En soit, ce n’est pas tellement le problème, je suis très sensible même si ça ne se voit pas toujours mais j’ai l’habitude qu’on me fasse la morale, je pense que c’est parce que je n’ai pas un comportement très habituel. Bref, toujours est-il qu’il m’a dit que je jouais un rôle et que j’essayais de prouver j’avais ma place en sciences alors que la logique me voyait en lettres. Ce qui m’a le plus touchée, je pense, c’est que j’avais moi-même du mal à faire cohabiter ces deux parties, ce que j’avais de scientifique et de littéraire. Que dire de ce type qui voulait devenir chercheur alors qu’il n’avait aucune imagination ? Finalement, c’est peut-être lui qui est le plus à plaindre.
Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai pensé à ce qui se passerait si je lui présentais un ami que j’avais au lycée, un artiste fou avec des cheveux bouclés, des yeux noirs, des chemises à carreaux et le regard noir perdu dans le plafond des couloirs du lycée qu’il traversait au pas de charge. (Celui-là m’a aussi fait des remarques sur mon orientation, d’ailleurs ! Un jour, alors qu’on était dans un cours commun (on était peu nombreux à faire allemand en première langue, il avait un accent très drôle, avec son cheveu sur la langue), il a aperçu un ouvrage épais dans mon sac et il m’a demandé ce que je lisais. J’ai sorti mon bouquin d’exercices résolus de maths pour terminale S. Je n’oublierai jamais le regard apitoyé qu’il m’a lancé à ce moment-là !) J’étais alors en deuxième année mais je sentais bien que je n’étais pas à ma place. Les maths me passionnaient, mais j’avais fait une dépression au début de l’année et je me remettais beaucoup en question à ce moment-là. Je n’avais pas encore l’idée d’en faire un roman, je ne pensais pas avoir assez à dire là-dessus, même si je tergiversais beaucoup sur l’avenir que j’allais donner à mes études. Je pensais alors partir en sociologie ou en littérature pour contenter tout le monde.
L’idée folle d’écrire Ciseaux vient d’un rêve que j’ai fait. Je me trouvais à l’extérieur d’une salle et j’attendais. Quand le moment est venu d’entrer, j’ai pris la rampe d’accès qui avait une particularité que je ne dévoilerai pas ici. Je suis rentrée dans la salle et j’ai vu tous les gens que j’avais rencontrés dans ma vie, ma famille, ceux que j’avais perdu de vue, absolument tout le monde. Je savais que j’étais là pour ma thèse de mathématiques, mais je ne sais pas si je l’ai eue. Je me souviens rarement de mes rêves pourtant. Celui-là est devenu l’épilogue de Ciseaux, et j’ai écrit le plan peu de temps après, et tout est parti de là.
7. Quelles ont été les réactions de tes tous premiers lecteurs quand tu as commencé à mettre ce texte en ligne ?
À la fin de ma première relecture, je l’ai envoyé à une amie de mes parents, que j’ai toujours connue et en qui j’ai confiance. C’est une habituée de la bêta-lecture, elle a d’ailleurs publié sur PA sous le pseudonyme de Molly59. Elle m’a envoyé un mot très touchant, que j’ai gardé précieusement, dans lequel elle me disait qu’elle avait vraiment bien aimé le concept de "démonstration", avec l’esprit mathématique du personnage principal qui imprègne la narration. J’ai commencé par le publier sur un autre site qui ne m’a pas apporté grand chose. Et pour finir, en arrivant sur PA, j’ai rencontré un excellent lectorat qui m’a fait des remarques très pertinentes, qui m’aident beaucoup à la correction.
8. Tu décris Ciseaux comme une "métaphore autobiographique et mathématique". Le fait d’écrire ce texte t’a-t-il apporté quelque chose d’un point de vue personnel ?
Plus que je ne l’imaginais ! Cependant, je ne m’en suis pas rendu compte en l’écrivant. Je l’ai écrit dans la nature, il y a encore des insectes écrasés un peu partout entre les pages de mon manuscrit ! Je faisais toujours les mêmes promenades, chaque jour, j’écrivais aux mêmes endroits, comme Lise qui revient travailler chez Albert, comme Hugo qui fait son petit tour quotidien dans le parc. C’était une vraie mise en abîme, et je construisais l’histoire et les dialogues comme une véritable démonstration, à partir de lieux et de personnes de mon enfance dont je m’inspirais, un vrai retour aux sources ! J’aurais pu le voir comme une revanche, mais je considère ce roman comme une preuve. C’est ma réponse à l’analyse de mon "ami" mathématicien, pour lui montrer que finalement, où est le problème ? Pourquoi mes textes de rêveuse seraient-ils incompatibles avec la science que j’aime ? Ce n’est qu’à ma rentrée en deuxième année de physique que je me suis rendu compte que j’assumais beaucoup mieux ces deux facettes de ma personnalité. J’ai grandi dans ma tête, je suis moins perdue, je ne sais toujours pas où je vais mais je sais que je ne vais plus nulle part. J’ai répondu à la question : qui suis-je ? Je suis Albert. Je suis une scientifique qui écrit des histoires et qui s’y épanouit.
9. Question de fan : En sachant que f(x) = 48x³ + 25x² - 128x + 5, quelles sont les racines de x ? Et plus sérieusement (parce que le sérieux, c'est quand même bien), tu dis que tes personnages t'ont été inspirés de personnes réelles. Est-ce qu'elles sont au courant qu'elles sont devenues des êtres de papier ? Et si oui, comment le vivent-elles ? Et toi, comment procèdes-tu pour les écrire - copie conforme ou petits réarrangements scripturaux ?
Les racines de x, je ne sais pas, mais les racines de f sont 1,370059567 0,03938843324 et -1,930281334 (merci à ma Casio Graph 35+ parce que j’avais commencé à résoudre à la main mais c’est vrai que c’est un peu long et difficile, quand même…) !
Sur les quatre personnages principaux, j’ai totalement inventé Albert, le grand-père (mais je trouve que c’est celui auquel je ressemble le plus !), mais les trois autres sont inspirés de personnes réelles. Hugo est pour ainsi dire une copie conforme de l’artiste dont je parlais plus haut, et la grand-mère cumule de nombreuses ressemblances avec ma mère et ma grand-mère. D’ailleurs, son prénom est une référence à une tradition familiale, celle de donner le nom de Marguerite à chaque génération. Quant à Lise, elle représente bien sûr le mathématicien.
J’ai parlé d’Hugo à mon ami dessinateur, qui m’a répondu, fidèle à lui-même : « Heureux d’être la source de tant d’inspiration ! » Mais j’avoue que je n’ai pas parlé de Lise ni même du sujet de ce roman au matheux. Je l’ai fait lire à sa petite amie qui m’a dit qu’elle le reconnaissait très bien dans ses états d’esprit, ses réflexions, ses paroles… que c’était même très déstabilisant. J’avoue que je me suis sentie un peu coupable, pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir été trop dure ! À mon avis, je l’ai même rendu plus vivable. Je ne sais pas si à lui, je le lui ferai lire un jour.
Pour l’adaptation, j’ai commencé par changer le genre de Lise. Pour moi, c’était plus simple, parce que ces deux-là ont leur fierté et je pense que dans la vraie vie, ils se seraient ignorés. Je me disais que si Lise était une fille, elle avait plus de chance de réussir à briser la glace que si elle était demeurée garçon, mais cela fait sûrement partie de mes préjugés. À part ça, je n’ai pas changé grand chose. Cependant, Lise a cette part de moi qui calcule tout et n’importe quoi, je ne pense pas que ce soit le genre de son modèle mais ça apportait une ambiance à l’histoire qui me plaisait bien.
10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?
Je voulais remercier toutes les plumes, qui se sont intéressées à moi et à ma petite histoire depuis mon arrivée, j’ai été si bien accueillie ! Je tenais à dire merci très spécialement à Cristal qui m’a invitée très calmement sur le site alors que je jouais la groupie dans une lettre de fan hystérique, et je souhaitais dire que j’aime énormément l’ambiance de Plume d’Argent, que je m’y plais beaucoup et que je vous remercie de ne pas me regarder de travers, même si je connais les 72 premières décimales de pi ! (si si, c’est vrai ;) ) Enfin, merci d’avoir lu jusqu’au bout, j’espère que je ne vous ai pas perdus en route !
Ainsi s’achève cette interview.
Je tiens à remercier Mimi puissance 3000 pour sa disponibilité, sa bonne humeur, sa motivation et son implication ! J’ai beaucoup apprécié nos échanges tout au long de la préparation de cette interview et je lui souhaite une excellente suite.
Certes, la démonstration de Ciseaux s’est achevée mais je ne doute pas que d’autres textes consciencieusement planifiés et calculés viendront certainement compléter ce parcours. Alors, Mimi, je te souhaite la meilleure continuation possible : continue à nous surprendre et à nous faire raisonner !
Merci à vous lecteurs et lectrices pour votre attention, je vous dis à la prochaine pour une nouvelle interview !
Gardez vos plumes affutées,
Slyth
Les perles de PA
Perles du forum Plume d'Argent :
Parce que des plumes qui papotent ensemble sur un forum dédié à l'écriture, ça vaut souvent le détour, nous vous proposons un aperçu de ce que cela peut donner. Voici les petites perles que nous avons sélectionnées pour vous dans ce numéro...
Parce que des plumes qui papotent ensemble sur un forum dédié à l'écriture, ça vaut souvent le détour, nous vous proposons un aperçu de ce que cela peut donner. Voici les petites perles que nous avons sélectionnées pour vous dans ce numéro...
« Quand
j'étais plus petit je voulais être serial killer ou explorateur, et
puis après, écrivain. Maintenant non, parce que je ne suis pas assez
doué pour ça. (En fait, je suis aussi nul pour tuer des gens et pour
planter des drapeaux, alors je ne risque pas d'aller bien loin, mais
bon.) »
Par Reb (Once upon a time, Reb were walking in a street, 7 Fév 2008)
« Quand
je crée un perso... je l'utilise un peu d'abord pour le tester ... je
le dessine et si ça me convient ... bah il hérite d'un passé qui en
théorie doit s'imbriquer dans l'intrigue ... mais au final, c'est plutôt
l'histoire qui finit par s'imbriquer dans le passé du perso. »Par Shaoran (Qu'est-ce qui vous plait le plus dans l'écriture ?, 4 Fév 2010)
« J'ai lu le texte d'un auteur assez imbu de sa personne (pas sur PA, je vous rassure) qui disait "moi, je fais du stéréotype mais comme il n'y a que ça, je suis original". A méditer. »
Par Nascana (Clichés et lieux communs, 26 Nov 2010)
« Un foudre c'est un tonneau et mon tonneau est dans une cave. »
Par Diogene (Diogene, 16 Mai 2013)
« Quand une idée me vient, elle passe et repasse dans ma tête, flux et reflux, jusqu'à ce que je l'ai mise sur papier. Ou clavier. Un peu comme des vagues obsédantes qui ne s'arrêtent jamais. Donc, Déferlantes Cérébrales. Comme ça ça donne un petit côté vaguement poétique. »
Par EryBlack (Déferlantes cérébrales, 19 Aoû 2013)
Citations d'auteurs du site Plume d'Argent:
Vous
les avez lus, peut-être commentés, et sans doute vous-êtes vous dit au
fil de vos réflexions que certains passages mériteraient d'être cités
dans des conversations hors contexte, juste pour la beauté des mots et
des phrases savamment agencées ? Retrouvez dans ce numéro quelques
citations qui ont retenu notre attention ce mois-ci, et n'hésitez pas,
pour les parutions futures, à nous transmettre vos propres suggestions !
Elles n'en seront que mieux appréciées !
« Pour
ceux qui ne l’auraient pas encore compris, Machin n’était pas vraiment
le genre de personne à qui on aurait pu accorder le titre d’aventurier
les yeux fermés. Du moins, si, ce n’est que les yeux fermés qu’on aurait
pu le lui accorder. Oui, parce qu’en les ouvrant, le regard aurait de
suite buté sur son teint maladif qui disait clairement « moins je vois
le soleil, mieux je me porte », ses yeux creux et fatigués de la couleur
de la vase périmée en pleine chaleur estivale, et sa tignasse hirsute
qui hantait les cauchemars d’une bonne partie des coiffeurs de la Face.
Concluons donc en disant que Machin n’avait pas du tout la tête de
l’emploi. »
Par Sej dans La Septième Face - I - Et la Grande Coasseuse créa le Cube
« Agnès avait tenu des propos tout à fait cohérents : CONFIANCE et SINCERITE, étaient des qualités primordiales, propres à un artiste. Le peintre les étale sur sa toile, le sculpteur les incruste dans la pierre, l'écrivain les couche sur du papier, le musicien les propage à son instrument... Le problème est que je manquais cruellement de ces attributs... »
Par Luciole dans Nymphéa, entre deux mondes
« (…) Parfois, il se prenait à imaginer que sa vie aurait été différente s'il avait laissé aux adultes le soin de tout gérer. Car ce que ces chers parents ignoraient c'était que pendant que les mômes jouaient ou discutaient dans une chambre, là où ils auraient dû être trois à s'amuser, elles n'étaient que deux. Anselm gardait les yeux rivés sur la nuque de sa petite sœur. Il souriait quand elle cherchait son visage, répondait quand on l'interrogeait, jouait si on lui demandait... Mais son esprit répétait inlassablement « La lâche pas. La lâche pas. La lâche pas. » Sinon elle disparaitra aussi. Comme maman. »
Par Elka dans Earth Never Dies
« Tout d’abord, elle se mit à l’étreindre avec passion, lui coupant le souffle et le laissant hoquetant. Ensuite, sa colère prit le dessus et elle cria si fort qu’elle couvrit les décibels des klaxons des camions qui roulaient sur le boulevard d’en bas. Enfin, sans reprendre haleine, elle partit s’affaler sur l’un des fauteuils du salon. Là, elle laissa ses larmes couler, tant elle avait craint qu’un malheur soit arrivé. Quelques secondes plus tard, elle éclata de rire, considérant sa propre attitude comme parfaitement ridicule. Et pour finir, elle s’enferma dans un silence profond. Louis, qui n’avait pas bougé jusque-là, se dit que sa mère n’était pas mal non plus dans l’émotion. »
Par Aranck dans Louis-Ohrim et les Manteaux-Noirs
« – Tout le plaisir est pour moi Cassandra. Vous pouvez m'appeler Ashi'ir.
Elle hocha la tête, rassurée qu'il lui ait donné la forme simplifiée de son nom. Certains hessians donnaient volontairement leur nom entier, bien trop long pour être retenu et prononcé correctement par un humain, afin de mettre leur interlocuteur mal à l'aise. Bien sûr, il y avait des règles pour retrouver la forme courte à partir d'une forme longue : en cours, elle mettait cinq minutes à les appliquer et ce avec un support papier ou tactile. »
Par Psychadelya dans Entre Terre et Hessia
La galerie des Plumes
| Nascana (illustration au crayon de Unité Héros, Wilda et Sven) |
| Sophinette (modélisation sur DAZ-3D de ALE) Site web : http://www.ale2100.com |
| Neila (illustration au crayon de Derrière les Portes) Site web : http://neila-derrierelesportes.blogspot.be |
Spécial IRL
Cet
été, un grand rendez-vous de plumes argentées s’est tenu chez Vefree :
Aranck et son fils, Beul, Blacky, Cristal, Diogène, Dragonwing, Elka,
Hadana, Jamreo, Keina et Isy, Nascana et Amelio, Neila, Reb, Saiph,
Shaoran et Sej. Nous avons presque fait l’alphabet à nous tous !
Voyez-vous, chers lecteurs, la belle maison d’hôtes de Vefree, la Halte du Pèlerin,
est en train de devenir le festival annuel de Plume d’Argent : on se
retrouve autour du feu, on bavarde, on rit, on mange, on boit, on
s’amuse ! Cette fois, nous avons même joint l’utile à l’agréable en
aidant Vefree aux finitions de son chantier. Vous pouvez évidemment
compter sur nos plumes-porters, et la gentille contribution des autres,
pour vous faire un rapport en bonne et due forme !
| Le paysage vu depuis la Halte du Pèlerin |
Envie de faire des travaux chez vous ? Soucieux de l'esthétique et de l'esprit de votre maison ? Appelez la Plume d'Argent. Ces auteurs vous proposeront un intérieur fait pour vous. Du grenier à la cave, toutes vos pièces transpireront de créativité et de bonne humeur. Ses équipes jeunes et dynamiques savent peindre tous les supports, vaincre les murs les plus tenaces, parer de papier à écrire n'importe quelle surface, agrémenter l'atmosphère de rire ainsi que de peinture de guerre. De plus, la Plume d'Argent compte parmi ses membres bon nombre d'acrobates sur escabeau et funambules sur radiateur. Rien de tel pour repeindre en fanfare tout vos encadrements de fenêtre.
Besoin de débarrasser une grange ? Faites encore appel à la Plume d'Argent. Surqualifiée dans le domaine du bûcher, vos vieilles planches grincheuses crépiteront tel un feu d'artifice accompagnées de branches de sapin.
Vingt invités viennent d'arriver à l'improviste ? Appelez encore la Plume d'Argent. Avec ses fins gourmets, ses experts en barbecue, ses maîtres d'hôtel constellés de tache de peinture et sa cuisinière hors paire, vos repas seront de véritables festins.
Attention, offre exceptionnelle en août : toute l'équipe de PA s'engage à hanter les lieux d'histoires rocambolesques et de bonnes odeurs.
Pourquoi hésiter ? Contactez la plume la plus proche de chez vous, il y en a 457 sur toute la France et même à l'étranger.
Plume d'Argent, et vos travaux sont faits immédiatement !
Saïph
| L'une des poupées japonaises offertes par Flammy |
J’ai une chance incroyable ! Vingt plumes sont venues avec leur grand coeur et leur curiosité rencontrer d’autres plumes à la Halte du Pèlerin. À leur initiative, elles ont bien voulu donner un coup de main pour mon projet de création de chambres d’hôtes. Une maison qui, visiblement, a été adoptée comme le QG IRL de Plumes d’Argent à ma grande surprise et aussi pour mon plus grand plaisir.
20 plumes ouvrières à la maison
J-2
Il serait temps d’acheter la peinture !
Pas encore décidée sur la déco, c’est avec la généreuse collaboration de Keina et Izy, en vacances chez moi depuis une petite semaine, que nous allons ensemble dans un magasin de bricolage spécialisé faire le choix des couleurs pour les trois chambres à peindre. Avec eux, c’est déjà plus facile. Ils sont de bons conseils et écoutent avec attention mes contraintes financières ainsi que mon envie de faire une jolie déco.
Nous repartons à la maison, le coffre plein de couleurs et même de la tapisserie, chose à laquelle je n’étais pas prête au départ.
Pas encore décidée sur la déco, c’est avec la généreuse collaboration de Keina et Izy, en vacances chez moi depuis une petite semaine, que nous allons ensemble dans un magasin de bricolage spécialisé faire le choix des couleurs pour les trois chambres à peindre. Avec eux, c’est déjà plus facile. Ils sont de bons conseils et écoutent avec attention mes contraintes financières ainsi que mon envie de faire une jolie déco.
Nous repartons à la maison, le coffre plein de couleurs et même de la tapisserie, chose à laquelle je n’étais pas prête au départ.
J-1
Izy, Keina et moi préparons les sols de l’étage et de l’escalier pour les protéger des grands passages. On nettoie, on installe les matelas dans le grenier qui servira de dortoir, comme l’année dernière.
Bientôt, la maison grouillera de gens de tous âges, résonnera de rires et d’éclats de voix. Je suis déjà sur les charbons ardents ! Mais en fait, faut pas s’y tromper, en apparence, je suis zen.
J-0
Le matin, c’est le marché. À nous trois, nous achetons fruits et légumes pour notre IRL. Au Panier d’Urfé, ma commande de viandes nous attend. Il fallait bien tous les bras, surtout les forts d’Izy, pour transporter tout ça jusqu’à la voiture. En plusieurs fois.
C’est que... vingt bouches à nourrir, hein...
En fin d’après-midi, c’est le premier trajet à la gare de Roanne pour accueillir Nascana, Amelio et Reb, les premières plumes à débarquer à La Halte du Pèlerin.
J+1
C’est au tour de Saiph, Blacky et Drago d’arriver à la gare en tout début d’après-midi. La troupe d’apprentis ouvriers se forme et les premiers n’ont pas attendu pour faire chanter la ponçeuse et jouer du pinceau. Jamreo et Sej arrivent, elles, en voiture avec force renfort de guidage au téléphone pour retrouver la maison. Puis, Hadana, Elka, Neila et Beul, le quatuor inséparable, vient poser ses sacs de couchage tout sourire. Pareil pour Cristal et Shaoran qui finissent par arriver en début de soirée en se trompant plusieurs fois. La joyeuse bande déjà formée s’accueille mutuellement les bras ouverts. Et chacun à son tour, tout le monde gagatise avec Tigris et Tigrou, les chatons de la maison.
Point délicat pour moi : distribuer les tâches à tous, sachant que certains n’ont jamais touché un pinceau de leur vie. Entre nous, c’est un joyeux bazar organisé !
J+2
Il fait un temps radieux. Comme promis, au petit déjeuner, arrivent Aranck et son fils, Etienne, avec le pain pour les tartines et les croissants. Nous faisons connaissance aussi avec Ishan, leur petit chiot noir adorable. Dans l’intervalle, j’étais partie chercher à la gare le petit dernier dont on va faire la connaissance : Diogène.
Et nous voilà tous réunis !
Nous fêtons nos retrouvailles, et pour certains notre rencontre, autour d’un grand feu de bois. C’est toujours autant de joie et de plaisir de voir tout ces visages et ces yeux briller dans les flammes de notre bûcher. Notre repas cuit sous la cendre se termine à la nuit noire et, frileusement, nous prenons une tisane assis en rond dans le grenier-dortoir où tout le monde y a ses quartiers. Là, débute une séance de dédicace dont notre Cricri nationale est l’invitée d’honneur avec sa Passe Miroir éditée chez Gallimard.
J+3
Les travaux battent leur plein sous un joli soleil. Quelle belle équipée !
Je suis reconnaissante de toute cette aide. Certes plus ou moins maladroite, plus ou moins experte, mais tellement généreuse ! C’est un don inégalable que vous me faites-là, les plumes. Merci beaucoup. Je crois que je ne vous l’ai pas dit assez, alors je profite de cette part du PAen pour réitérer mes remerciements à tous.
J+4
Déjà certains repartent et la maison se vide. Mais deux chambres ont pris déjà une nouvelle allure. Leurs murs fraîchement peints et tapissés promettent un accueil digne et confortable. Je suis vraiment contente. La façade aussi a entamé de blanchir ses volets. La maison change, grâce à vous. Je l’ai tant rêvé !
J+5
Le plus gros est parti hier. Il ne reste que Saiph, Nascana, Amelio, Blacky et Drago. Une seule voiture pour ramener tout ce petit monde à la gare est impossible. Saiph sera donc la dernière à partir en fin de journée. Avec son oeil avisé, nous peaufinons la déco en tentant de masquer les défauts. Pour ça, nous retournons au magasin acheter le nécessaire. Il y aura une couleur de plus dans la chambre du milieu et nous choisissons des peintures assorties pour peindre les placards. Après ça, je dois la quitter sur le quai de la gare. Sniff !
La maison est vide. Seuls les chats me tiennent encore compagnie.
Mais la promesse des plumes de revenir, que ce soit pour l’inauguration de La Halte du Pèlerin ou l’été prochain me fait chaud au cœur.
Un jour, les plumes reviendront...
Vefree
| Pendant que les autres s'activent... |
Parce
que des Plumes, même armées d’un pinceau ou d’une fourchette, ça reste
des auteurs dans l’âme, nous n’avons évidemment pas pu nous empêcher de
donner une petite touche littéraire à notre rencontre. Déjà, il faut
savoir que les plumes argentées ont le « conte » dans le sang : il n’y a
qu’à écouter les jeux de mots de Shaoran après six heures de route (le
canal d’Écuisses, je vous laisse deviner ce que ça a pu donner) ou
encore Saïph en train de commenter les étoiles pendant le dîner ou
encore Reb qui nous sort une boutade par phrase !
Et puis ce
qu’il y a de chouette, avec les auteurs, c’est que leurs écrits sont
toujours à portée de main. Tenez cette pauvre Dragonwing, par exemple.
« Tu as la nouvelle version des Enfants de Prométhée
avec toi ? » que je lui demande. « Je dois avoir quelques chapitres,
oui », qu’elle me répond en toute innocence. Hop, vote à l’unanimité,
c’est son histoire à elle qui sera lue devant tout le monde ! C’est Elka
qui nous a fait la lecture du premier chapitre et Neila qui a assuré
les bruitages (enfin… surtout les rires… les rires gras et démoniaques,
en fait). Ah, c’était juste magique, cette petite veillée dans le
grenier, chaque plume installée sur son matelas, à voir la prestigieuse
académie du roman s’élever sous les poutres. L’espace d’un moment, nous
ne voyions plus les beaux tapis persans de Vefree, mais ce pauvre
Dimitri qui se battait contre une armée de pissenlits. Merci,
Dragonwing, de t’être sacrifiée pour nous permettre de conclure la
soirée en beauté !
Le soir d’après, pas de lecture, mais
séance de dédicaces ! Je vous l’ai dit : plume un jour, plume toujours.
Chers lecteurs, pourquoi aller faire la queue dans des salons du livre
quand vous pouvez, à la Halte du Pèlerin, obtenir l’autographe
personnalisé des auteures des Pérégrinations d’une cuisinière, des Cinq Terres Oubliées, de la Septième face ou du Petit Marchand de sable ? Quand vous pouvez feuilleter à votre aise les carnets de dessins de l’une ou le cahier à idées de l’autre ?
Je vous le prédis, un jour la maison de Vefree deviendra le lieu de
pèlerinage incontournable pour tous les amoureux de la plume !
Cristal
| Les Plumes sont des artistes ! |
Que
serait une IRL sans son bestseller je vous le demande ? Alors après
Jean Claude et le plat à quiche, laissez-moi vous présenter Mouton(s),
la trilogie de l’été. Fruit de l’imaginaire (un peu tordu ? Naaaaaaan)
des sept plumes talentueuses que sont Neila, Sej, Nascana, Blacky,
Jamreo, Elka, et moi-même, Mouton(s) s’est construit au détour d’une
partie de dés (un petit jeu au nom très évocateur de Story Cubes).
Le Pitch : Jean-Louis est un mouton comme les autres. Mais il s’ennuie seul dans son pré. Alors, au détour d’une orgie d’herbe fraiche, il prend LA décision de sa vie : quitter le monotone confort de son pâturage pour découvrir le monde. Sans doute aurait-il dû s’en abstenir.
Mouton(s) c’est avant tout une histoire fantastique sous tous les angles. Une histoire qui rapproche les auteurs fous comme les moutons borgnes. C’est aussi une amitié hors norme, celle de Jean Louis le mouton et René le scarabée. Ainsi qu’une cruelle tragédie qui ne laissera personne insensible, la fin émouvante de René, et l’hommage déchirant de Jean-Louis, rebaptisé Jean-René en mémoire de son défunt ami.
Mouton(s), c’est également un concentré d’amour à l’état sauvage. La folle nuit de folie avec Hughette la chevrette laissera sa marque indélébile sur Jean-René, et un indomptable désir de vengeance pour Maya.
Enfin, la trilogie des Mouton(s) ne serait pas ce qu’elle est sans sa dose d’aventure et de trahison. Eborgné par une abominable fleur et effondré par la perte de son ami René brutalement dégommé par un archer qui passait devant la banque fermée, Jean-René se relèvera pourtant courageusement pour être jeté sans vergogne dans le feu d’une guerre qui ne le concerne pas avec Maya sa nouvelle amie. Échappant de peu à la mort, et après s’être livré à toutes sortes d’exercices triviaux avec Hughette, c’est toute une pyramide de moutons zombies borgnes qu’il devra affronter.
De Maya l’abeille (ouais, elle était facile celle-là) trafiquante à la solde de l’effrayante Fleur mangeuse d’yeux et secrètement transie d’amour pour Jean-René, en passant par Hughette la chevrette versatile et mégalomane prête à conquérir le monde avec le premier archer venu et accessoirement reine suprême de l’armée des moutons zombies, Jean-René devra affronter pléthore d’épreuves et autant de garces.
On ne saurait dire si Mouton(s) deviendra le bestseller de l’année, mais en tout cas, il nous aura fait passer un sacré bon moment. Un moment qui n'aurait jamais pu avoir lieu sans Vef' et sa Halte du Pélerin. Alors je ne pense pas trop m'avancer en parlant au nom de tous : MERCIIIIIIIII VEFOUNETTTE !
Le Pitch : Jean-Louis est un mouton comme les autres. Mais il s’ennuie seul dans son pré. Alors, au détour d’une orgie d’herbe fraiche, il prend LA décision de sa vie : quitter le monotone confort de son pâturage pour découvrir le monde. Sans doute aurait-il dû s’en abstenir.
Mouton(s) c’est avant tout une histoire fantastique sous tous les angles. Une histoire qui rapproche les auteurs fous comme les moutons borgnes. C’est aussi une amitié hors norme, celle de Jean Louis le mouton et René le scarabée. Ainsi qu’une cruelle tragédie qui ne laissera personne insensible, la fin émouvante de René, et l’hommage déchirant de Jean-Louis, rebaptisé Jean-René en mémoire de son défunt ami.
Mouton(s), c’est également un concentré d’amour à l’état sauvage. La folle nuit de folie avec Hughette la chevrette laissera sa marque indélébile sur Jean-René, et un indomptable désir de vengeance pour Maya.
Enfin, la trilogie des Mouton(s) ne serait pas ce qu’elle est sans sa dose d’aventure et de trahison. Eborgné par une abominable fleur et effondré par la perte de son ami René brutalement dégommé par un archer qui passait devant la banque fermée, Jean-René se relèvera pourtant courageusement pour être jeté sans vergogne dans le feu d’une guerre qui ne le concerne pas avec Maya sa nouvelle amie. Échappant de peu à la mort, et après s’être livré à toutes sortes d’exercices triviaux avec Hughette, c’est toute une pyramide de moutons zombies borgnes qu’il devra affronter.
De Maya l’abeille (ouais, elle était facile celle-là) trafiquante à la solde de l’effrayante Fleur mangeuse d’yeux et secrètement transie d’amour pour Jean-René, en passant par Hughette la chevrette versatile et mégalomane prête à conquérir le monde avec le premier archer venu et accessoirement reine suprême de l’armée des moutons zombies, Jean-René devra affronter pléthore d’épreuves et autant de garces.
On ne saurait dire si Mouton(s) deviendra le bestseller de l’année, mais en tout cas, il nous aura fait passer un sacré bon moment. Un moment qui n'aurait jamais pu avoir lieu sans Vef' et sa Halte du Pélerin. Alors je ne pense pas trop m'avancer en parlant au nom de tous : MERCIIIIIIIII VEFOUNETTTE !
Shaoran
| Vefree n'est pas la reine de la fourchette pour rien |
« Ce
qui m'a le plus amusée, c'est quand on a fait la soirée-feu. C'était
pour moi l'exemple même de la bonne entente et de l'amusement du début
de la soirée à la fin ! » (Elka)
« J'ai adoré la façon
avec laquelle Nasca, sous son air innocent, presque angélique même et
tout à fait distingué, nous a raconté cette histoire grivoise de morsure
fatidique se concluant par un magistral coup de poêle sur la tête. Le
silence que cette conteuse sans égal a laissé juste avant la chute
finale, et juste après ce que j'avais déjà cru être la conclusion, m'a
complètement scotchée ! Ce fut une splendide prestation ! Du grand art !
Je n'avais pas ri comme ça depuis longtemps ! » (Aranck)
« Une des choses qui m'a marquée à l'IRL, c'est quand Reb parlait la
nuit et que je lui demande si ça va. Il me répond "il est 6h !" et là,
Amélio vérifie sur son portable et "non, il est 5h30!". Sinon l'histoire
qu'on a inventée en jouant avec des moutons borgnes et des fleurs qui
mangent les yeux, ça m'a bien fait rire. » (Nascana)
« Ma
plus grosse déception, ça a été de voir que le Dragon ne crachait ni
flammes ni shampoing. Puis, je me suis dit qu'avec une créature aussi
inoffensive, le tas d'or serait plus facile à atteindre. » (Sej)
«
Cette rencontre m'a donné la sensation de faire parti de la famille. Je
me suis beaucoup amusée pendant la partie de Loup-Garou et durant la
création de MOUTON(S), et les moments qui m'ont le plus émues se sont
ceux où chacun a sorti ses notes et ses dessins, parce qu'il y avait un
tel respect et un tel partage que s'ouvrir et faire confiance devenait
tout naturel. » (Blacky)
« L'une des choses qui m'a le plus émue à
l'IRL, c'est la magie de l'instant lorsque les plumettes éditées ont
écris pour nous de belles dédicaces, plus précieuses à mes yeux que
toutes celles que je pourrais jamais obtenir. » (Neila)
| Les pinceaux des Plumes |
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