Affichage des articles dont le libellé est Nos Imagineurs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nos Imagineurs. Afficher tous les articles

mercredi 13 août 2014

Nos Imagineurs

Bonjour les Plumes !

Ah, l’été ! Les plages de sable blanc, l’eau turquoise, les séances de bronzette sur la terrasse… bref, le farniente dans toute sa splendeur ! En tout cas, rien de tel que les vacances pour se changer les idées et, à ce petit jeu, les auteurs de PA sont plutôt doués ! Une Plume en particulier semble prendre beaucoup de plaisir à nous faire voyager dans son univers exotique. Entre une plaine verdoyante peuplée de nomades, des déserts brûlants et un mystérieux labyrinthe de pierres, elle n’a pas fini de nous faire rêver. Merci d’accueillir Sierra !



1. Tu dis être amoureuse des mots depuis toute petite. Quand es-tu tombée dans la marmite exactement ?

C’est vrai, c’est quelque chose qui m’a très vite caractérisée. Je crois que depuis que j’ai été en mesure de lire, le plaisir de plonger dans les livres ne m’a pas quittée. Mes parents me faisaient lire des tas de choses différentes ! L’écriture, c’est venu plus tard. Je devais être en primaire et j’écrivais des petites nouvelles plutôt absurdes ! Un peu plus tard, avec une amie, on s’est écrit des histoires qu’on s’envoyait par lettres. J’ai toujours les siennes et je me souviens avec beaucoup de plaisir de cet échange. Au lycée, cet amour des mots s’est renforcé : j’ai toujours préféré le français et la littérature au reste, mes professeurs m’ont beaucoup encouragée à poursuivre dans cette voie. J’écrivais moins, mais je lisais toujours autant. L’envie d’écrire un vrai roman, avec une vraie grande intrigue, elle est venue quand je suis entrée à l’université. Le roman que j’écris aujourd’hui date de cette période et a connu un certain nombre de réécritures. Je ne suis jamais vraiment satisfaite de ce que j’écris, même si je me sens parfois plutôt fière de certaines trouvailles. Aujourd’hui je ne sais pas encore ce que je veux faire, mais je n’imagine pas vraiment faire un métier dans lequel je ne serais pas amenée à écrire quoi que ce soit ou à être au contact des livres.

2. Plume d’Argent est ta première expérience de publication en ligne, comment vis-tu cela ?

Très honnêtement, le début de cette expérience a été un véritable traumatisme… Je veux dire, découvrir comme ça qu’on peut partager ce qu’on écrit et lire ce qu’écrivent les autres, sans pour autant les connaître : ça paraissait tellement simple et pourtant je n’y avais jamais pensé ! Les premiers jours qui ont suivis mon inscription sur Plume d’Argent, je ne pensais qu’à ça. Vraiment : j’en rêvais même la nuit. Pour moi, ça a été une vraie révélation, parce que je n’aurais jamais pensé, une fois devenue adulte, partager mes histoires avec d’autres personnes. Petite, j’étais terriblement timide. Avec le temps, ça s’est arrangé, mais je reste très réservée et j’ai souvent du mal à assumer le fait que ma passion, c’est d’écrire des histoires. En cela, le site et le forum ont été libérateurs. Je reste discrète, mais je progresse, je vous jure ! J’ai même réussi à en parler avec mes parents, c’est dire si ça va mieux…

3. Qu’est-ce qui te plaît dans la publication en ligne ?

Je pense qu’on ne peut jamais être très objectif sur ce qu’on produit en règle générale. La publication en ligne permet d’obtenir des avis très différents et souvent très précieux. Aujourd’hui, cet aspect me semble primordial : j’écris pour moi bien sûr, mais aussi pour partager ce que je fais et intéresser de possibles lecteurs, leur faire dire ce qu’ils pensent de tel ou tel passage. Je crois que j’aime bien susciter des réactions avec mes écrits, et savoir qu’on peut toucher les gens avec des mots, c’est très intéressant à savoir ! C’est aussi pour ça que j’essaie de commenter tout ce que je lis, il me semble que c’est important d’obtenir des avis extérieurs. Parvenir à immerger un lecteur dans un univers qui n’est pas forcément le sien, c’est d’ailleurs un vrai défi. S’il est conquis, c’est plutôt flatteur et on a envie de poursuivre dans cette voie. S’il ne l’est pas, il peut nous offrir des possibilités, des solutions, pour remédier à ce qui ne fonctionne pas dans ce qu’on tente d’écrire. C’est ce que je trouve formidable dans la publication en ligne, et plus encore sur Plume d’Argent : cette entraide et ce partage constants. Les conseils qu’on reçoit donnent toujours envie de se dépasser et, forcément, on a envie de rendre la pareille. Je crois que j’aime beaucoup partager ce que j’écris, mais j’adore aussi découvrir ce que créent les autres membres du site !

4. Quels genres de fictions et de fanfictions aimes-tu lire sur le site ?

J’ai un très gros faible pour les mondes inventés de toutes parts, les animaux sans queue ni tête, les modes de transports ailés et les noms aux sonorités inconnues… bref, tout ce qui n’existe que dans les livres ! Adolescente, j’ai lu beaucoup de fantasy et de science-fiction. C’est dans ces univers que je me sens le mieux et c’est tout naturellement vers ceux-ci que je me suis tournée en cherchant des lectures sur le site. Depuis peu, je lis aussi pas mal de romans policiers scandinaves, mais je n’ai pas encore trouvé ce genre de lectures sur Plume d’Argent. J’essaie aussi de ne pas me cantonner à ces seuls genres. Il existe une telle diversité sur le site qu’on ne peut décemment pas refuser de lire des choses qui changent de nos genres de prédilections ! Je dois avouer en revanche que je n’ai jamais osé lire de fanfictions. C’est quelque chose qui m’attire très peu, même si je pense comprendre en quoi ce peut être agréable d’en lire et d’en écrire. Qui sait, peut-être qu’un jour je sauterai le pas !

5. En cas de blocage, comment te débrouilles-tu ? As-tu inventé des rituels particuliers pour te débarrasser du "syndrome de la page blanche" ?

Pas du tout, aucun rituel ! Je suis plutôt du genre à abandonner ce que j’écris, quitte à tout laisser en plan pendant des mois. Ceci dit, l’inspiration est un peu partout à la fois, alors elle revient grâce ce que je lis, ce que j’écoute ou ce que je regarde comme films. En fait, je préfère ne pas avoir vraiment de rituels, parce que ce sont justement eux qui me bloquent. En général, j’écris toujours au moment où je devrais le moins me mettre à écrire. Du coup, si je me prépare un petit endroit douillet avec du thé et des gâteaux en prévision d’une séance intensive d’écriture… je vais manger les gâteaux et partir faire tout autre chose ! Bref, devant ce manque de rigueur honteux, je crois qu’il est inutile que je m’en remette à des rituels pour débloquer une possible page blanche. De toute façon, c’est un phénomène inévitable, alors je préfère m’y plier au lieu d’y résister. Je me dis que comme ça, il me laissera plus vite tranquille !

6. Parlons maintenant de l’une de tes histoires que les lecteurs connaissent (peut-être) bien… Comment as-tu eu l’idée d’Ulfur ?

J’ai l’air bête si je dis que je ne sais plus vraiment, hein ? Bon, pourtant je ne sais plus. Certains auteurs de fantasy m’ont beaucoup inspirée et m’ont donné une envie insoutenable d’écrire à mon tour. À part une ligne directrice un peu floue et des personnages dont le caractère était bien défini, je n’avais pas d’idées très précises. Les premiers jets d’Ulfur ont été très laborieux, puis tout s’est éclairci au fur et à mesure des réécritures. J’ai tout de suite adoré raconter cette histoire qui n’existait pas, inventer des montagnes de tenants et d’aboutissants… C’était vraiment libérateur ! Le choix de la fantasy a été plutôt évident lui aussi : je suis terriblement mauvaise pour décrire des scènes du quotidien ou pour imaginer des romans d’amour ! Je crois que mon but premier avec cette histoire, c’est de développer une sorte d’épopée. Les grandes aventures me fascinent et me rendent totalement accro. J’espère toujours, quand j’en lis, qu’elles ne finissent jamais. J’aimerais être en mesure de faire ça d’Ulfur : une histoire interminable !

7. Sur ton Journal de Bord, tu évoques « un univers qui regroupe toutes tes obsessions ». Peux-tu nous en dire plus ?

Écrire a été le seul moyen que j’ai trouvé, qui me permette d’extérioriser… à peu près tout ! Ulfur est un roman assez personnel en réalité. J’aimerais réussir à y intégrer un peu tout ce qui me fait rêver : les paysages sauvages, les possibilités de voyages infinis, les animaux indomptables, les dieux capricieux ou encore les héros au caractère bien trempé. Pour ce qui relève plutôt de ce qui me terrorise, je dirais que j’accepte mal certaines choses dans la vie : l’inéluctabilité de la mort, la solitude et la souffrance, la façon dont se dégrade notre environnement, la maltraitance sous toutes ses formes… Mettre des mots sur toutes ces choses apaise leur effet néfaste, bien que ce soit purement psychologique. J’ai bien conscience qu’on peut difficilement se débarrasser de nos bêtes noires, mais je suis persuadée qu’on peut apprendre à vivre avec. Le fait de placer certains de mes personnages dans un rapport frontal avec la mort m’aide par exemple à l’envisager sous un autre angle, à l’accepter un peu mieux. Finalement, la rédaction de ce roman est un peu une sorte de thérapie !

8. Quelles ont été les réactions de tes tous premiers lecteurs quand tu as commencé à la mettre en ligne ?

Elles ont été quasiment immédiates et elles m’ont tout de suite semblé très positives ! Ça a été une véritable surprise, parce que je ne m’attendais pas à tant d’enthousiasme ! Je ne savais pas trop comment réagir, quand j’ai reçu les premières réactions. Je savais que les commentaires étaient écrits par des personnes tout à fait normales, mais ce fonctionnement était encore tellement nouveau pour moi… Si je me souviens bien, j’ai cérémonieusement vouvoyé la première personne qui a eu la gentillesse de me commenter ! Quand je disais que les relations humaines n’étaient pas mon fort… En tous cas, chacun des commentaires que j’ai reçus à l’époque ont été de vrais électrochocs ! J’étais tellement excitée chaque fois que j’en recevais un, qu’en me voyant dans cet état, mon compagnon ne résistait pas à l’envie de me demander de lui en faire la lecture. Sachant qu’il a été le premier à me lire, il était aussi heureux que moi de savoir ce que pouvaient penser d’autres lecteurs d’Ulfur. J’ai réceptionné toutes ces remarques comme de vrais beaux cadeaux !

9. Question de fan : ce qui me frappe dans Ulfur, c'est que les chapitres sont à la fois très différents (décors, action...) et pourtant très cohérents entre eux. Et, comme tu écris cette histoire sur un rythme assez lent, je me demandais comment tu assurais cette cohérence : est-ce que tu as écrit un plan de l'histoire avant, ou alors quel truc as-tu inventé pour ne pas te perdre en cours de route ?

Je ne serais pas très honnête si je n’avouais pas que j’écris beaucoup à l’inspiration, sans trop savoir où je vais. En fait, j’aime bien avoir une certaine liberté quand j’écris, comme ça je n’ai pas à faire une crise de nerfs parce que je n’ai pas fait apparaître un zombie enragé à la page 482, à tout hasard ! S’obliger à respecter un plan détaillé, ça me fait le même effet que se mettre volontairement des bâtons dans les roues... Ceci dit, j’écris toujours tout dans l’ordre. Je suis incapable d’écrire tout à coup une scène qui apparaît bien plus tard dans l’intrigue. Je reprends toujours sagement à l’endroit où je me suis arrêtée précédemment. Pour ce qui est de la cohérence, les "vrais" chapitres du roman seraient beaucoup trop longs et indigestes si je les postais en une fois, alors je préfère en faire plusieurs morceaux distincts. J’imagine que ce doit être un peu contraignant pour le lecteur malgré tout puisque, comme tu l’as si bien noté, je publie à la vitesse d’un escargot malade ! Pour finir, je garde toujours quelques chapitres d’avance, que je relis et que je retouche de nombreuses fois avant de me décider enfin à les publier… Un vrai cauchemar, ces dernières étapes !

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

Oui, bien sûr ! J’aimerais leur dire des tas de choses, mais je ne peux même pas les écrire sans rougir... Je me sens incapable d’expliquer simplement ce que je ressens envers la belle communauté de Plume d’Argent, et en même temps, un simple « merci » serait bien insuffisant au regard de tout ce que je lui dois ! Je me suis inscrite sur Plume d’Argent il y a un peu plus d’un an, et depuis je me sens complètement différente. Comme si le fait de partager ma passion avec d’autres personnes m’avait permis de m’ouvrir un peu et de mieux lutter contre ma timidité et ma réserve habituelle au quotidien. Je sais bien que je suis loin d’être le membre le plus actif de la communauté, et j’ai encore un travail monstre à faire pour parvenir à lire et à apprendre à connaître tout le monde, mais ça n’empêche pas que j’ai très envie de faire ces efforts ! En attendant, je suis très contente d’avoir été acceptée dans cette grande famille et j’offre même ma reconnaissance éternelle à toutes les personnes qui m’ont aidée à voir plus clair dans ce que j’écris ! Bon, c’était un peu maladroit, mais… Merci pour cette jolie expérience les Plumes, du fond du cœur !


Ainsi s’achève cette interview.

Un immense merci à toi Sierra qui a toujours mis un point d’honneur à mettre sur pieds cette interview du mieux possible malgré les imprévus : ton engagement inébranlable m’a vraiment touchée et ce fut un grand plaisir de collaborer avec toi !

Je suis certaine que tu continueras encore longtemps à nous faire voyager dans les multiples paysages d’Ulfur et à nous enchanter à travers tes mots. Je te souhaite le meilleur pour la suite, pourvu que le Choix te reste tout aussi favorable qu'à ton héroïne !

Et un grand merci à vous, fidèles lecteurs et lectrices ! En attendant de vous retrouver à la rentrée, je vous souhaite de belles vacances ensoleillées ainsi qu’un excellent PaNo pour celles et ceux qui y participent !

Gardez vos plumes affutées,

Slyth

mardi 1 avril 2014

Nos Imagineurs

Salut les Plumes !


Vous serez certainement toutes d’accord avec moi pour dire que Plume d’Argent est une communauté parfaite : bienveillance, soutien, bonne humeur, entraide, délires… bref, la terre d’accueil rêvée pour tout auteur en herbe ou confirmé. Un cocon chaleureux, une seconde famille à laquelle on peut tout confier, nous qui pratiquons une activité pourtant qualifiée de "solitaire".

Et nous acceptons tout le monde, sans distinction ! Oui tout le monde, même les énergumènes les plus improbables. Même les sadiques les plus dérangés ! Et même ceux qui font partie d’une sorte de.. minorité ?

Merci d’accueillir l’inimitable Diogene !


1. Alors très cher, comment as-tu été contaminé par le virus de l’écriture ?

Avant le mot écriture, il y a le mot lecture : c’est qu’il faut nourrir la bête avant qu’elle ne puisse à son tour s’exprimer. Prenez une bonne dose de Jules Vernes et de Sinbad, laissez mijoter, ajoutez des mesures d’école des loisirs et de bien d’autres lectures. Secouez bien, tout en saupoudrant d’une bonne mesure de Guerre des Mondes, laissez reposer quelques années. Si l’occasion se présente, alors le diable sort de sa boîte, souvent sous le coup d’une émotion forte. Mais la maturation définitive fut longue et connut une éclipse qui n’aura pris fin que l’an dernier, suite à une secousse tellurique, pour ne pas dire diabolique. Somme toute, il a fallu que je récupère mon autre moitié, ma féminité, pour que le virus puisse faire enfin effet.

2. Les envolées lyriques dont tu es friand se retrouvent-elles dans les commentaires que tu laisses à d’autres auteurs ?

Elles le peuvent, mais seulement sous certaines conditions. J’ai pris pour habitude de me comparer à une harpe, mais dont les domaines harmoniques s’étendent bien au-delà du raisonnable. Un instrument capable de jouer les sons de l’au-delà. Si je lis un texte capable de faire vibrer ces cordes invisibles, alors ces envolées se feront jour et elles jailliront avec le plus grand naturel. Il faut que je sente la personne ou un fragment de la personne au travers de son texte, comme si elle y avait planté un petit bout d’elle-même. Ainsi puis-je faire des commentaires très terre à terre comme d’autres plus mélodieux.

3. Puisqu’il faut bien le demander.. que ressens-tu à l’idée d’être une espèce rare (masculine) ici sur PA ?

Mais qui dit que je suis une espèce rare, ne suis-je peut-être pas, par le plus grand des hasards, une créature d’essence purement féminine finalement ? Peut-être même plus que je ne pourrais le laisser penser. Mais je m’éloigne du sujet, je pourrais tout aussi bien dire que c’est toujours agréable d’avoir un harem. Mais non, je me sens tout simplement bien et à l’aise, c’est toujours confortable pour écrire un oreiller de plumes.

4. Quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

Je ne rencontre pas vraiment de difficultés car je ne me force pas à écrire, je ne tiens pas d’objectif chiffré. L’écriture coule dans ma main quand elle en a envie. Si les idées ne sont pas là, je ne tirerai rien de bon. La seule difficulté qui peut se poser sera sur le choix d’un mot particulier ou sa position dans une phrase qui rendrait l’ensemble dissonant. Je dois alors trancher dans le vif, soit transformer la phrase, soit chercher un mot aux sonorités plus appropriées, sans altérer le sens que je veux lui donner. L’écriture est comme une symphonie, il ne faut pas qu’il y ait la moindre fausse note à mon oreille, tout doit être mélodieux et silencieux à la fois.

5. Comment se déroule ton processus créatif lorsque tu manies la plume ?

Ha ! La question à un million dirait-on. Voilà une chose bien étrange, elle vient comme cela au beau milieu d’une phrase, d’une pensée éloignée, surgissant au coin d’un nuage ou dans le brouillard d’un bain. Là, un mot, un son surgit et c’est l’amorce d’une musique qui raisonne dans ma tête, puis des images surgissent çà et là, abstraites puis concrètes. Ensuite le plus difficile est de trouver le mot, le bon mot, le mot juste, celui qui sera en harmonie avec ce que je vis. Mais dès que je l’ai, je prends ma plume, un stylo pilote G-1, mon carnet et je dévide à son rythme la pelote qui s’agite. Je ne peux pas taper directement sur un clavier car il fait barrage à ma main. Ma main est la continuité de mon esprit et la plume en est une extension. L’écriture est donc le support naturel de mon âme. C’est un ami qui m’avait conseillé de garder la plume et le papier pour laisser libre cours à mon processus créatif, il a vu juste. La création est une rivière, parfois elle se tarit, parfois elle déborde, son débit n’est jamais constant, ainsi va ma plume.

6. Parlons maintenant de l’une de tes histoires que les lecteurs connaissent peut-être bien… Comment es-tu parvenu à créer Le Château de l’Errance ?

Je ne sais pas si le mot créer est approprié, car un mort est-il capable de rêve et de création ? Ce récit est un rêve que j’ai fait très exactement le 23 avril 2013, enfin je crois que cela s’apparente plus à une expérience de mort imminente. A cette période, j’étais dans un état suicidaire et ce rêve en est le point ultime. Dans ce rêve, j’ai cristallisé toutes mes angoisses, mes peurs et aussi toutes les choses que j’ai rejetées pendant des années. J’ai donné corps à ma prison intérieure, ainsi qu’à ce qu’il restait de moi à cette époque. Un personnage totalement désincarné, sans mémoire, sans souvenir, nu, il ne lui reste que l’instinct et certains réflexes, rien d’autre. Dans ce rêve, je me voyais au-dessus de lui, moi l’esprit, en simple observateur, spectateur de mon propre corps déchu. A cause de cela, je peux affirmer que je suis mort pendant cette nuit. Etais-je vivant ou mort, nul ne pourrait le dire. Je me souviens que je me suis levé d’un coup, j’ai attrapé ma plume et un cahier et j’ai tout de suite couché mon rêve pour ne surtout pas le perdre. Ensuite, j’ai attendu une semaine avant de lui donner sa forme définitive, tout en faisant attention à ne rien dénaturer, ni transformer, essayant de respecter au mieux ma vision onirique.

7. Tu décris ce texte comme "une thérapie qui a ouvert le champ de ton inconscient". Peux-tu nous en dire plus ?

Comme je le disais, cette nuit là je suis mort, mort spirituellement et sûrement physiquement. En mourant, je suis tombé dans mes abîmes, dans mon propre enfer et plutôt que de m’y perdre définitivement, j’ai finalement cherché ce qui se cachait ici bas. Ce que j’y ai trouvé est ce fameux carnet, que l’homme trouve dans les oubliettes. Un carnet dont on ne sait ce qu’il contient, car à l’époque je ne le savais pas moi-même. Mais ce faisant, en écrivant ce rêve, j’avais ouvert la boîte de Pandore. Mais ce ne sont pas des maux qui s’en sont échappés mais des mots. Mais pas seulement : ce rêve m’a révélé beaucoup de choses sur moi-même. Je tiens un carnet, que j’ai encore mis à jour il y a deux semaines de cela, dans lequel je note toutes les réflexions qui rôdent autour de ce rêve. Par exemple, qui sont les reptiliens ou encore qui sont les gardiens ? Ces derniers sont à la fois une représentation de mes parents et une caricature de mon animal totem, le Phoenix.
Honnêtement ce texte est pire qu’une poupée russe, car je ne sais nullement quand j’aurai fini de le décortiquer et je n’ai pas assez de place ici pour lever le voile sur tous les éléments et la symbolique cachés.

8. Tu m’as dis que tous tes textes étaient reliés les uns aux autres, comment explique-tu cela ?

Eh bien, comme Le Château de l’Errance est une découverte de moi-même, une résurrection, je me devais de savoir pourquoi j’en étais arrivé là et finalement raconter ce qui m’était arrivé avant que je ne finisse dans ce château. Ainsi naquit Le Voyageur sans Âme, qui lui-même contient Le Château de l’Errance et inversement Le Château de l’Errance contient Le Voyageur sans Âme. Ces deux textes sont des Ouroboros, ils ne peuvent être lus indépendamment l’un de l’autre, chacun apportant des éléments à la lecture de l’autre. De la même façon, l’Enfant-Lune a intégré Le Voyageur sans Âme quand il se remémore son enfance, lors de son saut dans le puits sans fond. Ensuite, les personnages auxquels j’ai donné vie se retrouvent dans mon conte le Grain, mais leurs avatars sont différents pour deux d’entre eux (mais ils vous le diront eux-mêmes). L’asile du Dernier Jour, dans sa version définitive, raconte la période pendant laquelle j’ai visité mes enfers et ce que j’y ai trouvé. Les matériaux pour écrire tous ces récits, jusqu’à ma transformation et surtout l’acceptation de ce que je suis, un fou, le Mat du Tarot.

9. Soyons fous alors ! Est-ce que, par hasard, tes personnages souhaiteraient venir prendre la parole et s’adresser à ceux qui les lisent ?

Après une courte dispute, nous avons réussi à nous mettre d’accord. Un chat s’avance alors : Je suis Ercus, j’apparais pour la première fois dans le Grain, mais, par la suite, je me suis tout naturellement glissé dans Le Voyageur sans Âme, prenant de multiples apparences : agent de police, dragon, faune et enfin chat du Cheshire. Ma devise « We are all mad here », je nous apporte le grain de folie. Une Ombre s’étend : Je suis Chimère, je suis ce qui dissimule les questionnements de mon créateur, mes apparences sont aussi innombrables que les questions que nous nous posons. Je suis là pour semer les peurs, instiller le doute et nous plonger dans le trouble. Une femme s’avance : Je suis Aluna, mais je suis aussi Ludylia et surtout Avicennius. Issam m’avait enfermée dedans dans son enfance pour me protéger mais ce faisant il m’avait oubliée et s’était coupé de sa féminité. J’insuffle la créativité, mais je suis aussi l’Amour et le Sacrifice, je suis force de vie et de mort réunie. Un homme s’avance : Je suis Arinius, autrefois je m’appelais Issam et j’étais mon créateur à une époque antérieure, juste avant qu’il ne devienne l’Homme, mais depuis que j’ai recouvré la mémoire, je m’appelle ainsi. Encore que mon nom soit bientôt amené à disparaître, si ce n’est pas déjà le cas.
D’un coup il commence à se dissoudre comme les trois autres avant de se confondre. Pardon, excusez moi, je me présente : je suis le Voyageur, je suis Chasseur d’Ombre. Je suis né dans un asile, Le Dernier Jour. Je suis nous, le multiple de l’Unique, et en mon cœur se niche un Phoenix.

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

Mes récits antérieurs font désormais partie d’un cycle, le Cycle du Voyageur. Quelqu’un qui s’est enfermé dans une carapace d’angoisse et d’égo et qui l’a fait voler en éclat un Dernier Jour. Ceci explique aussi la rigidité de ma plume et de mon style. Elle est à l’image du carcan dans lequel j’étais enfermé. Enfin tout ce que j’ai écrit dans Le Voyageur sans Âme est certes un roman fantastique, mais c’est avant tout une mise à nu sans pudeur, ni peur, de mon moi et de mon âme. Tout ce qui y est couché n’est que vérité. C’est ainsi que j’ai pu réaliser ma catharsis. 

 
Un Voyageur dans les Ombres
Cœur sombre dévoré par les ombres
Dissimulés parmi les ténèbres, les démons se repaissent
D’un être perdu dans les ténèbres d’une cité d’Ombre
Etre égaré par sa curiosité, mais aussi par son passé sans cesse
Ressassé, oublié, dévoilé, remisé, travaillé et enfin accepté
Car le passé ne doit pas entraver la recherche d’un présent libéré
Des chaînes d’une culpabilité mal acceptée
Car de cette acceptation naît la compréhension et la compassion  


Aujourd’hui, j’entame un nouveau cycle, Les Mystères Oniriques de Paris, clin d’œil assumé aux Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner, dont je tente l’exercice périlleux de la biographie au travers de son œuvre. Avec l’Ombre du Néant, ma plume ne connaît plus de limite et ma liberté de ton est totale. Comme pour les autres récits, je sais que ma vie déteint dessus. Mais surtout, je vais essayer de composer des thèmes pour illustrer musicalement certains passages de mes textes, car je sais pertinemment que les mots peuvent être impuissants pour décrire les choses fidèlement, de même que les images.
Bon, petit cadeau pour terminer. Un extrait du Chapitre deux : « Mauvaises vibrations. Lorsque je me réveille, mon bureau, mon fauteuil, les murs, tout, absolument tout a disparu. Je suis quelque part dans une lande morne et morte, où subsiste à peine quelques brins d’une végétation anémiée. »

L'écriture est une alchimie de l'esprit.

Ainsi s’achève cette interview.

Un immense merci à toi cher Diogene pour la célérité de ta participation et le soin particulier que tu as apporté à tes réponses. Un grand merci également pour cet échange que nous avons vécu à travers notre collaboration : trop bref hélas mais toujours plein de poésie, d’humour et de bienveillance.
Réaliser cette interview m’a permis de me rendre compte de l’intense réflexion que tu as menée à travers l’ensemble de tes œuvres et des liens si particulier qui les unissent en un tout. Que de chemin parcouru ! En espérant que ce sentier se poursuivra encore longtemps et qu’il te conduira vers les plus beaux horizons qui soient, je te souhaite tout le meilleur pour la suite !

Enfin, un énorme merci à vous, très chers lecteurs ! C’est un immense plaisir que de vous savoir toujours fidèles au rendez-vous !

Gardez vos plumes affutées,

Slyth

dimanche 29 décembre 2013

Nos Imagineurs

Salut les Plumes !

Depuis quelques temps, nous sommes sous l’influence d’une vague (que dis-je, d’un raz-de-marée !) de nouveaux venus sur notre site préféré. Mais plus on est de fous, plus on rit !

L’auteure que je souhaite vous présenter aujourd’hui est arrivée parmi nous le 30 juin dernier, toute jeune et déjà pleine d’humour. Sa place, elle a su la trouver rapidement et le succès n’a pas tardé à se montrer : son roman SF a dépassé les 500 vues ainsi que la centaine de commentaires !
A mes yeux, elle est parvenue à réinventer les histoires d’amour et je me suis engluée dans sa Toile pour ne plus en sortir...

Merci d’accueillir EryBlack !


1. Dis-nous Ery, qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ? Est-ce que tu imagines plutôt tes textes comme des films, des mangas, des BD… ou autre ?

Sans doute la possibilité de décrire des choses qui n’existent pas : l’écriture est toujours une création, quand j’écris je suis comme un dieu qui se demanderait quel visage donner au monde (ok, désolée pour cette pulsion mégalomane !). L’écriture, c’est la possibilité de se libérer de tout ce qui existe déjà, mais ça me libère aussi de moi-même, ça m’emmène jusqu’à des frontières que je n’avais jamais atteintes. J’ai souvent peur qu’on me prenne pour quelqu’un de fade. Quand j’écris, je me différence des autres, je fais quelque chose que j’adore, qui ne nuit à personne et qui est même susceptible de divertir, de faire du bien à d’autres ! Et il y a encore tellement de choses qui me plaisent dans l’écriture ! Le fait qu’on puisse trouver un mot pour chaque chose existante, par exemple. Je trouve ça fascinant.


En général, j’essaie de m’empêcher d’imaginer mes histoires comme des films, parce que je veux écrire des romans purs, je trouve ça trop facile d’écrire comme si on décrivait un film. Mais parfois, je n’arrive pas à m’en empêcher : je visualise ce que j’écris sous forme de film, de manga, voire de pièce de théâtre…

2. Quelles sont tes attentes lorsque tu lis les écrits d’autres auteurs ?

(Je mets de côté les considérations orthographiques, c’est pas très intéressant). Évidemment, je pourrais dire que j’attends d’un texte qu’il me plaise ; or très souvent, je suis incapable de dire que je n’ai pas aimé une histoire. Il y a presque toujours quelque chose qui m’y intéresse, ne serait-ce que dans l’intention. Donc je n’attends pas forcément qu’une histoire soit conforme à mes goûts personnels, au contraire, je ne demande qu’à être plongée dans un autre univers. Ouais, c’est ça au fond : ce que j’attends, c’est me faire embarquer par un texte. Peu importe qu’il soit réaliste, fantastique, flippant, banal ou poétique, tout ce que je veux c’est être dedans. J’ai parfois l’impression de me couper de l’espace-temps quand je lis : et c’est exactement ce que je recherche en lecture. Achever un texte, lever la tête et avoir l’impression de me réveiller !


Et l’exigence un cran au-dessus, c’est que le texte me laisse quelque chose. Les liseurs sont faits de briques extraites des bouquins qu’ils dévorent : j’aime découvrir, sur PA, des textes qui me donnent de nouvelles briques !

3. Tu as un bon nombre de lectures à ton actif, quel genre de commentatrice es-tu ?

Je me fais jeter des tomates si je dis que je suis le genre flemmarde ? J’en ai un peu honte, mais le fait est que j’ai lu pas mal de textes sans les commenter… Ce que je trouve vraiment nul de ma part, parce que PA est basé sur l’entraide entre auteurs. Ça c’est la faute des plumes, y’a trop de level, tout lire et tout commenter prend trop longtemps. Mais je me suis promis que je ferai des efforts dans ce sens. Euh, je m’éparpille là, revenons à la question !


Quand je laisse des commentaires, j’essaie de les développer un maximum en deux points. D’abord, des remarques constructives à propos de mots qui conviendraient mieux que d’autres, blabla, mais parfois y’a rien à dire à ce sujet, alors je me contente de quelques petits chipotages orthographiques. Puis, j’essaie de rendre compte de l’effet que m’a fait le texte, des références qu’il m’a rappelées, tout ça.
Et surtout, je veux que chaque commentaire soit unique, je veux rendre à l’auteur la monnaie de sa pièce. Quand le texte m’a touchée, je voudrais que l’auteur ait autant de plaisir à lire mon commentaire que j’en ai eu à lire son histoire !

4. Et de ton côté, quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

La réécriture. C’est une torture. Souvent, je suis obligée d’effacer des passages dont j’étais très fière il y a quelques années, parce qu’ils sont finalement médiocres, et c’est bizarrement douloureux, même si ça donne toujours quelque chose de mieux ! Aussi, j’ai tendance à beaucoup trop m’étendre, notamment au niveau des dialogues, et à passer trop vite sur les descriptions. Influence cinématographique ou volonté de faire avancer l’histoire avant tout ? Je ne sais pas, mais j’essaie de me débarrasser de cette manie. Après, il y a les grands classiques : quand je me lance dans une histoire et qu’une autre vient gratter à la porte, quand j’ai envie d’écrire mais que je développe le syndrome de la page blanche, quand j’arrive pas à trouver le temps qu’il faut… (On devrait inventer des noms aux maux d’écrivaillons, tiens !) Mais tout ça c’est surmontable. Ce qui me fait très peur c’est de perdre tout, un jour, genre devenir amnésique. Mais heureusement, c’est pas très probable. Je crois que la principale difficulté que je rencontre quand même, c’est aussi le manque de confiance en moi, comme dans une bonne partie des domaines. Et ça, c’est en train de changer énormément, notamment grâce à tous les commentaires géniaux qu’on m’a offerts ici !

5. As-tu recours à des grigris, un doudou ou une danse spéciale pour faire venir l’inspiration ? Tu sais que tu peux tout nous dire.

J’aimerais bien, la danse vaudou, c’est la classe ! Mais non, en général mes idées viennent simplement de mes cogitations. Parfois, ça me vient quand je marche dans la rue, ou bien en cours même. Et, certains matins, je me réveille avec une bouillie d’histoires dans la tête, certaines me hantent et je sens qu’elles méritent d’être écrites. 


Quand à la "petite" inspiration, je veux dire celle qui est nécessaire pour écrire quotidiennement, elle va et vient sans me demander mon avis. Mais la plupart du temps, elle fonctionne comme une boisson gazeuse. Si je laisse fermenter les bulles quelques jours, en réfléchissant à mon texte, je finis par avoir besoin d’exploser, et ça peut donner de bons résultats sur le clavier !

6. Parlons maintenant de l’une de tes histoires que les lecteurs connaissent peut-être bien… Comment es-tu parvenue à créer Un Rêve ?

Tout est dans le titre ! Je dormais sur un des matelas les plus géniaux du monde, tellement moelleux que vraiment, on s’enfonce dedans… Bref donc, j’ai vécu une de mes plus fortes expériences oniriques, je me suis réveillée avec la sensation d’avoir vécu toute une épopée pendant mon sommeil. En plus, j’avais fermé les yeux à la fin de mon rêve, du coup en les ouvrant en me réveillant, c’était vraiment comme si rien n’avait bougé autour de moi ! Mais comme les rêves sont mutins, je n’ai pu me rappeler que des bribes, et surtout la fin. Donc j’ai décidé de tisser autour de ces bribes, en prenant pour base d’autres rêves, des références en bouquins et en films… J’ai écrit tout un tas de versions, dont certaines qui avaient des allures de mauvaises fanfictions, avec des personnages insipides et des actions sans queue ni tête… Mais ça a fini par donner cette dernière version dont je commence à être satisfaite !

7. Cette histoire a-t-elle déjà une fin ou tout est-il encore à inventer ?

Vu que je me rappelle essentiellement de la fin de ce rêve, tout le reste n’existe que pour parvenir à cette issue. Je trouve ça un peu triste, c’est une histoire née avec pour seule vocation de finir ! Du coup, en la retravaillant pour PA, je fais le maximum pour que chaque moment existe vraiment, que chaque chemin ne mène pas à Rome en ligne droite quoi. En tout cas, la fin existe déjà depuis rudement longtemps, et elle ne doit pas changer, je veux rester fidèle au souvenir que m’a laissé le rêve. C’est le reste dont je m’occupe maintenant, tout ce qui mène à la fin, et là-dedans, croyez-moi, il y a des trucs à désinventer, à réinventer, à remplacer, à bichonner, à polir et repolir pour que ça donne quelque chose de lisible et d’appréciable. Mais c’est un immense plaisir de relire ces chapitres tous beaux tous neufs, en me souvenant de tous mes essais maladroits du début…

8. C’est parti pour la minute célébrité : as-tu de grandes ambitions en tant qu’auteur (transmettre des messages de paix et de tolérance à travers tes textes, être traduite en 25 langues, que l’on achète les droits de ton œuvre pour le cinéma… ou autre) ?

J’ai le droit de me mettre en mode mégalomane ? Yeaaah ! Effectivement, j’adorerais écrire LE bouquin qui ferait prendre conscience du bazar qu’on est en train de mettre sur Terre. En le lisant, tout le monde se dirait « Oh mais oui, je vais dès à présent me mettre au tri sélectif, investir dans l’énergie éolienne, aller embrasser tous mes voisins, fomenter une révolution qui renversera le capitalisme et brûler ma carte d’adhérent au FN (voire brûler le FN lui-même, tiens) ! » Pis aussi, (puisque tout est permis, je me lâche), écrire un bouquin qui serait un best-seller et tout le blabla, mais qui serait absolument inadaptable au cinéma, parce qu’il décrirait des trucs complètement impossibles à retranscrire en images. Et pan, dans les dents de l’industrie des médias ! 


Plus sérieusement, je me demande parfois quels sont les messages de mes textes. Je voudrais bien être capable d’en véhiculer d’importants. Et d’autres fois, je me dis que j’écris avec pour seule vocation de faire rêver et voyager les gens, comme on m’a fait voyager moi-même. J’ai toujours rêvé d’être éditée, mais je n’ai jamais fait de démarches sérieuses pour y parvenir ; et maintenant que j’ai découvert PA, ça me paraît à la fois plus envisageable et moins important. Moins important, parce que sans être éditée, j’ai déjà eu des retours formidables de la part des plumes et, grâce à ça, je sais que ce que j’écris peut toucher. Et si c’était seulement ça dont j’avais besoin finalement ?

9. Question de fan : Es-tu proche de tes personnages et, si c'est le cas, dans quelle mesure l'es-tu?

Très bonne question ! Dans Un Rêve, c’est pas compliqué, l’héroïne est mon avatar onirique. C’est pour ça que j’ai essayé de gommer les passages qui la décrivent physiquement (ça devenait trop compliqué), et que je ne lui ai pas donné de prénom. C’est le moi un peu paumé et bringuebalé de mes rêves ! 


Dans L’Abstraction, c’est différent. Je crois que chaque personnage représente une petite partie de moi (et ça je suis sûre que je ne suis pas la seule, comment donner naissance à un personnage sans y mettre un petit peu de soi ?). Mais j’ai aussi pris conscience que mon héroïne, Elle, est un reflet de mes propres interrogations, de mes propres "souffrances" d’adolescente-mal-dans-sa-peau. À la base, je n’en avais pas du tout l’intention : le monde dans lequel elle vit et que je lui ai fait détester, j’ai l’impression que je l’aimerais, moi. J’ai cru qu’en lui donnant le désir de vivre dans le monde réel, celui d’aujourd’hui, où la Toile n’existe pas encore, ce monde que je connais et que j’apprécie pas des masses, je pourrai m’auto-persuader que je vis dans un monde plutôt chouette. (C’est assez compliqué, désolée !) Sauf qu’au final, je me rends compte qu’Elle, c’est moi : constamment insatisfaite. Et puis bon, on va pas se leurrer, si je lui ai fait vivre une méga histoire d’amour, c’est bien parce que j’ai envie d’en vivre une aussi. Scrogneugneu.

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

Je voudrais d’abord envoyer un MÉGAMERCI à Slyth pour m’avoir proposé de passer dans le PAen. Pour la nouvelle recrue que je suis, c’est un immense honneur, je te suis très reconnaissante d’avoir pensé à moi ! Et pour toutes tes réponses précises à mes incertitudes, et aussi pour l’élaboration du questionnaire, merci infiniment ! 


Et puis je peux pas m’arrêter là pour les merci, tout le monde en mérite sur ce site : pour la super idée de départ, pour l’accueil plus-chaleureux-tu-meurs, pour la géniale ambiance du forum, pour le superbe Journal PAen (comment ça je suis fayotte ?), pour la qualité des textes et le véritable émerveillement que je ressens à lire certains des auteurs… Et pour être là aussi, simplement, tous attentifs derrière vos écrans, à partager tellement de choses avec les autres. Je suis immensément contente d’avoir rejoint cette petite famille du web !

Ainsi s’achève cette interview.

Un immense merci à toi Ery pour le temps que tu m’as accordé et ton enthousiasme débordant qui ne s’est jamais démenti tout au long de notre collaboration ! C’était un immense plaisir de pouvoir préparer cette interview avec toi et d’avoir l’opportunité de faire découvrir ton nouveau texte : Un Rêve.

Je ne doute pas un instant que tu continueras à nous faire voyager dans ton univers comme tu le fais si bien et pour longtemps encore. Ta Toile n’a pas fini de s’étendre, c’est certain : je te souhaite le meilleur pour la suite !

Et un grand merci à vous, fidèles lecteurs et lectrices ! En espérant que vous ayez passé un agréable moment devant votre écran, je vous dis à la prochaine pour une nouvelle interview !

Gardez vos plumes affutées,

Slyth

dimanche 1 septembre 2013

Nos Imagineurs

Salut les Plumes !

C’est la rentrée ! Et qui dit rentrée dit reprise des cours et donc, un peu de sérieux que diable !
Toutefois, je ne suis pas sûre d’être la mieux placée pour parler de ça. Je n’aime pas résoudre des problèmes, mon esprit logique est plutôt déficient et je suis carrément nulle question représentation spatiale. Je ne m’empresse pas de montrer mon compas à mes invités et connaître la racine carrée de 25 ne m’a jamais sortie d’une situation difficile.

Bref, vous l’aurez compris, les maths c’est pas trop mon truc !
Mais je connais une Plume qui saura à coup sûr rallier à sa cause les plus réticents d’entre nous.

Merci d’accueillir chaleureusement Mimi !


1. Commençons par une question aux allures mathématiques… Depuis combien de temps précisément écris-tu (secondes, minutes, heures, jours, mois années, siècles…) ?

Difficile à dire ! Il me semble que le premier livre que j’ai écrit était sur ma grand-mère et les oiseaux de son jardin. J’avais six ans, c’était pour un concours municipal que j’ai gagné (mais j’étais la seule dans ma catégorie…). Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire des histoires, mais je m’en racontais déjà beaucoup, avec mes playmobils ou mes poupées ! Depuis, j’ai écrit quelques romans, des nouvelles, des chansons, des pièces de théâtre, des scénarii…

2. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans l’écriture ?

J’aime bien le fait qu’on puisse partir de pas grand chose, une idée, une image, un sentiment, et pouvoir construire une réflexion, des évènements, des personnes à partir de…rien ! C’est beau de se dire qu’une histoire n’existait pas avant qu’on ne l’imagine et qu’on ne l’écrive. J’aime bien aussi le travail que l’on fait autour, pour représenter un lieu, une scène, des personnages (même si j’ai moi-même du mal à me les représenter ; je les vois sans visage…), juste pour divertir quelqu’un (et se divertir soi !). Et puis, raconter des histoires pour faire passer un point de vue, des idées folles, des utopies.

3. La logique veut que personne ne soit parfait : quels genres de difficultés peux-tu rencontrer dans tes écrits ?

J’ai le plus grand mal à rester cohérente, à ne pas sortir des éléments incongrus, improbables ou des situations illogiques ! J’ai aussi un mal fou à trouver le bon ton pour les premiers chapitres. Je mets des mois à produire un premier jet des premières pages à force de les recommencer ! En fait, c’est ça mon problème. Je suis perfectionniste (mais loin d’être parfaite !).

4. Tu lis certainement des textes sur le site, quel genre de commentatrice es-tu ?

Je suis une maniaque de l’orthographe alors je commence toujours par noter les fautes, le manque ou le surplus de virgules, les endroits qui ne me parlent pas ou mal formulés en présentant toujours une suggestion de remplacement. Je pars du principe (pour moi aussi) que si ça bloque dans la lecture, même très peu, c’est que le passage est à revoir. Parfois, il n’y a presque rien à changer. Je ne m’attends donc pas à ce que l’auteur suive mon conseil mais j’espère pouvoir lui être utile. J’essaie toujours de dire ce que j’aime dans l’histoire et pourquoi je reviens la commenter. Pour l’instant, j’ai surtout lu des histoires de très bonne qualité alors je n’ai pas à me forcer pour revenir lire !

5. Fais-tu partie de ces auteurs un peu fous qui pensent que leurs personnages ont une vie propre ? Est-ce qu’ils font parfois des choses auxquelles tu ne t’attendais pas ?

Non, pas vraiment. À une époque, je m’étais créé un personnage d’écrivain un peu insupportable (bon ça va, j’avais quinze ans…), qui s'appelait Elisabeth (dite Elie) et j’avais presque l’impression de l’entendre parler, mais maintenant je me soigne ! Pour en revenir à la question, j’écrivais une série de romans policiers entre neuf et treize ans et j’avais pour enquêtrices deux cousines de vingt-cinq ans, respectivement journaliste et garagiste, Claire Delune et Jessica Dopourmaiparan (on se moque pas !). C’était assez naturel pour que j’imagine leur vraie vie, mais je ne sais pas ce qu’elles font maintenant. Claire a dû se marier à son cher Fernand-Nathan Personne. Quant à Jessica… je suppose qu’elle travaille toujours au garage de monsieur Ralf Or. Son chat Bégonia ne doit plus être de ce monde, malheureusement.

6. Faisons maintenant plus ample connaissance avec l’histoire que tu as publiée sur La Plume d’Argent... Comment es-tu parvenue à donner naissance à Ciseaux ?

Un ami qui faisait ses études de maths dans la même promo que moi, avec qui j’aimais beaucoup parler, m’a un jour fait la leçon. En soit, ce n’est pas tellement le problème, je suis très sensible même si ça ne se voit pas toujours mais j’ai l’habitude qu’on me fasse la morale, je pense que c’est parce que je n’ai pas un comportement très habituel. Bref, toujours est-il qu’il m’a dit que je jouais un rôle et que j’essayais de prouver j’avais ma place en sciences alors que la logique me voyait en lettres. Ce qui m’a le plus touchée, je pense, c’est que j’avais moi-même du mal à faire cohabiter ces deux parties, ce que j’avais de scientifique et de littéraire. Que dire de ce type qui voulait devenir chercheur alors qu’il n’avait aucune imagination ? Finalement, c’est peut-être lui qui est le plus à plaindre.

Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai pensé à ce qui se passerait si je lui présentais un ami que j’avais au lycée, un artiste fou avec des cheveux bouclés, des yeux noirs, des chemises à carreaux et le regard noir perdu dans le plafond des couloirs du lycée qu’il traversait au pas de charge. (Celui-là m’a aussi fait des remarques sur mon orientation, d’ailleurs ! Un jour, alors qu’on était dans un cours commun (on était peu nombreux à faire allemand en première langue, il avait un accent très drôle, avec son cheveu sur la langue), il a aperçu un ouvrage épais dans mon sac et il m’a demandé ce que je lisais. J’ai sorti mon bouquin d’exercices résolus de maths pour terminale S. Je n’oublierai jamais le regard apitoyé qu’il m’a lancé à ce moment-là !) J’étais alors en deuxième année mais je sentais bien que je n’étais pas à ma place. Les maths me passionnaient, mais j’avais fait une dépression au début de l’année et je me remettais beaucoup en question à ce moment-là. Je n’avais pas encore l’idée d’en faire un roman, je ne pensais pas avoir assez à dire là-dessus, même si je tergiversais beaucoup sur l’avenir que j’allais donner à mes études. Je pensais alors partir en sociologie ou en littérature pour contenter tout le monde.

L’idée folle d’écrire Ciseaux vient d’un rêve que j’ai fait. Je me trouvais à l’extérieur d’une salle et j’attendais. Quand le moment est venu d’entrer, j’ai pris la rampe d’accès qui avait une particularité que je ne dévoilerai pas ici. Je suis rentrée dans la salle et j’ai vu tous les gens que j’avais rencontrés dans ma vie, ma famille, ceux que j’avais perdu de vue, absolument tout le monde. Je savais que j’étais là pour ma thèse de mathématiques, mais je ne sais pas si je l’ai eue. Je me souviens rarement de mes rêves pourtant. Celui-là est devenu l’épilogue de Ciseaux, et j’ai écrit le plan peu de temps après, et tout est parti de là.

7. Quelles ont été les réactions de tes tous premiers lecteurs quand tu as commencé à mettre ce texte en ligne ?

À la fin de ma première relecture, je l’ai envoyé à une amie de mes parents, que j’ai toujours connue et en qui j’ai confiance. C’est une habituée de la bêta-lecture, elle a d’ailleurs publié sur PA sous le pseudonyme de Molly59. Elle m’a envoyé un mot très touchant, que j’ai gardé précieusement, dans lequel elle me disait qu’elle avait vraiment bien aimé le concept de "démonstration", avec l’esprit mathématique du personnage principal qui imprègne la narration. J’ai commencé par le publier sur un autre site qui ne m’a pas apporté grand chose. Et pour finir, en arrivant sur PA, j’ai rencontré un excellent lectorat qui m’a fait des remarques très pertinentes, qui m’aident beaucoup à la correction.

8. Tu décris Ciseaux comme une "métaphore autobiographique et mathématique". Le fait d’écrire ce texte t’a-t-il apporté quelque chose d’un point de vue personnel ?

Plus que je ne l’imaginais ! Cependant, je ne m’en suis pas rendu compte en l’écrivant. Je l’ai écrit dans la nature, il y a encore des insectes écrasés un peu partout entre les pages de mon manuscrit ! Je faisais toujours les mêmes promenades, chaque jour, j’écrivais aux mêmes endroits, comme Lise qui revient travailler chez Albert, comme Hugo qui fait son petit tour quotidien dans le parc. C’était une vraie mise en abîme, et je construisais l’histoire et les dialogues comme une véritable démonstration, à partir de lieux et de personnes de mon enfance dont je m’inspirais, un vrai retour aux sources ! J’aurais pu le voir comme une revanche, mais je considère ce roman comme une preuve. C’est ma réponse à l’analyse de mon "ami" mathématicien, pour lui montrer que finalement, où est le problème ? Pourquoi mes textes de rêveuse seraient-ils incompatibles avec la science que j’aime ? Ce n’est qu’à ma rentrée en deuxième année de physique que je me suis rendu compte que j’assumais beaucoup mieux ces deux facettes de ma personnalité. J’ai grandi dans ma tête, je suis moins perdue, je ne sais toujours pas où je vais mais je sais que je ne vais plus nulle part. J’ai répondu à la question : qui suis-je ? Je suis Albert. Je suis une scientifique qui écrit des histoires et qui s’y épanouit.

9. Question de fan : En sachant que f(x) = 48x³ + 25x² - 128x + 5, quelles sont les racines de x ? Et plus sérieusement (parce que le sérieux, c'est quand même bien), tu dis que tes personnages t'ont été inspirés de personnes réelles. Est-ce qu'elles sont au courant qu'elles sont devenues des êtres de papier ? Et si oui, comment le vivent-elles ? Et toi, comment procèdes-tu pour les écrire - copie conforme ou petits réarrangements scripturaux ?

Les racines de x, je ne sais pas, mais les racines de f sont 1,370059567 0,03938843324 et -1,930281334 (merci à ma Casio Graph 35+ parce que j’avais commencé à résoudre à la main mais c’est vrai que c’est un peu long et difficile, quand même…) !
Sur les quatre personnages principaux, j’ai totalement inventé Albert, le grand-père (mais je trouve que c’est celui auquel je ressemble le plus !), mais les trois autres sont inspirés de personnes réelles. Hugo est pour ainsi dire une copie conforme de l’artiste dont je parlais plus haut, et la grand-mère cumule de nombreuses ressemblances avec ma mère et ma grand-mère. D’ailleurs, son prénom est une référence à une tradition familiale, celle de donner le nom de Marguerite à chaque génération. Quant à Lise, elle représente bien sûr le mathématicien.
J’ai parlé d’Hugo à mon ami dessinateur, qui m’a répondu, fidèle à lui-même : « Heureux d’être la source de tant d’inspiration ! » Mais j’avoue que je n’ai pas parlé de Lise ni même du sujet de ce roman au matheux. Je l’ai fait lire à sa petite amie qui m’a dit qu’elle le reconnaissait très bien dans ses états d’esprit, ses réflexions, ses paroles… que c’était même très déstabilisant. J’avoue que je me suis sentie un peu coupable, pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir été trop dure ! À mon avis, je l’ai même rendu plus vivable. Je ne sais pas si à lui, je le lui ferai lire un jour.
Pour l’adaptation, j’ai commencé par changer le genre de Lise. Pour moi, c’était plus simple, parce que ces deux-là ont leur fierté et je pense que dans la vraie vie, ils se seraient ignorés. Je me disais que si Lise était une fille, elle avait plus de chance de réussir à briser la glace que si elle était demeurée garçon, mais cela fait sûrement partie de mes préjugés. À part ça, je n’ai pas changé grand chose. Cependant, Lise a cette part de moi qui calcule tout et n’importe quoi, je ne pense pas que ce soit le genre de son modèle mais ça apportait une ambiance à l’histoire qui me plaisait bien.

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

Je voulais remercier toutes les plumes, qui se sont intéressées à moi et à ma petite histoire depuis mon arrivée, j’ai été si bien accueillie ! Je tenais à dire merci très spécialement à Cristal qui m’a invitée très calmement sur le site alors que je jouais la groupie dans une lettre de fan hystérique, et je souhaitais dire que j’aime énormément l’ambiance de Plume d’Argent, que je m’y plais beaucoup et que je vous remercie de ne pas me regarder de travers, même si je connais les 72 premières décimales de pi ! (si si, c’est vrai ;) ) Enfin, merci d’avoir lu jusqu’au bout, j’espère que je ne vous ai pas perdus en route !


Ainsi s’achève cette interview.

Je tiens à remercier Mimi puissance 3000 pour sa disponibilité, sa bonne humeur, sa motivation et son implication ! J’ai beaucoup apprécié nos échanges tout au long de la préparation de cette interview et je lui souhaite une excellente suite.

Certes, la démonstration de Ciseaux s’est achevée mais je ne doute pas que d’autres textes consciencieusement planifiés et calculés viendront certainement compléter ce parcours. Alors, Mimi, je te souhaite la meilleure continuation possible : continue à nous surprendre et à nous faire raisonner !

Merci à vous lecteurs et lectrices pour votre attention, je vous dis à la prochaine pour une nouvelle interview !

Gardez vos plumes affutées,

Slyth 

lundi 15 avril 2013

Nos Imagineurs

Salut les Plumes !

Autant vous prévenir tout de suite, cette deuxième interview risque fort d’avoir des allures de coup de cœur.
En effet, je tenais particulièrement à vous présenter une personne sans laquelle je n’aurais peut-être jamais trouvé le chemin de La Plume d’Argent. Je l’ai connue par le biais d’un autre site, sous le pseudo de Kill. Comme bon nombre d’entre vous, je suis littéralement tombée sous le charme de sa grandiose saga, Derrière les Portes. Il n’en fallait pas plus pour que je souhaite en faire mon prochain Imagineur.
   
Merci d’accueillir Neila !
 


1. Attaquons directement : as-tu toujours ressenti l’envie d’écrire ?

Que nenni. Très franchement, si j'embarquais dans une DeLorean et que je remontais huit ou neuf ans en arrière pour dire à mon jeune moi que plus tard, j'écrirais et j'adorerais ça, je crois que je me rirais au nez. Écrire, j'en voyais pas l'intérêt et j'en ressentais aucune envie. Mais je crois que c'était surtout parce que je n'aimais pas beaucoup lire à l'époque. Je me suis mise assez tardivement à la lecture "libre" : avant ça, pour moi, lire était synonyme d'ennui et de contraintes. A douze-treize ans, c'est difficile d'apprécier Zola ou Maupassant...
Mais je me suis mise petit à petit à la lecture, avec des bouquins comme Harry Potter ou le Livre des Étoiles, et j'ai compris que lire n'était pas si mal que ça. Je ne saurais pas trop dire à partir de quand l'envie d'écrire a réellement germé. Je pense que ça a été progressif. Tout ce que je lisais ou regardais venait gonfler mon imagination et en voyant certaines personnes de mon entourage écrire, j'ai fini par réaliser que l'idée n'était pas si grotesque. Qu'après tout, pourquoi pas moi ? Finalement il aura suffi de quelques encouragements et d'un regard pour me convaincre.

2. As-tu eu une (ou plusieurs) autre expérience de publication en dehors de Plume d’Argent ? Comment as-tu vécu cela ?

Ouaip.
Actuellement je publie sur trois sites différents (en comptant PA). J'ai commencé à publier sur fanfic-fr mais pas avec de la fanfic. Résultat, j'ai eu un peu de mal à trouver mon public mais ça a fini par venir malgré tout. Après ça, j'ai découvert la Plume d'Argent par l'intermédiaire d'Hadana et j'ai migré par là, le coin semblant un peu plus approprié aux histoires originales (et quand même bien plus convivial, il faut le dire). Et récemment je me suis lancée sur les Werewolf Studios.
Ma foi, je vis plutôt bien ces différentes expériences de publication. Sincèrement, j'ai eu l'impression de passer un cap à chacune d'elle. Je ne sais pas... sur chaque site règne une ambiance particulière, des mentalités qui diffèrent un peu d'un site/forum à l'autre, d'autres histoires à découvrir et d'autres auteurs avec qui échanger. Chaque communauté m'a apporté quelque chose à sa façon et, j'en ai le sentiment, m'a permis d'évoluer, de mûrir un peu mon rapport à l'écriture (bouh, ça fait sérieux dit comme ça !).
D'ailleurs, j'ai récemment réalisé que chaque nouveau "lancement" sur un site s'est accompagné d'une réécriture (plus ou moins conséquente) de mon histoire, comme si j'avais appris un peu de mes erreurs sur chaque précédent site et que j'avais tenté de rectifier le tir. C'est comme ça que je le vois en tout cas.  

3. Qu’est-ce que tu préfères dans la publication en ligne ?

L'avantage certain de la publication en ligne, c'est de pouvoir interagir avec les gens qui nous lisent. Récolter tout un tas de points de vue différents venant de personnes qui ne nous connaissent pas et qui ont donc moins de scrupules à dire ce qu'elles en pensent vraiment. Si j'avais écrit toute seule dans mon coin sans publier sur le net, avec uniquement une ou deux copines à qui montrer mon histoire, je ne pense pas que j'aurais progressé aussi vite. Ouais, publier en ligne m'a vraiment fait progresser, à tout un tas de niveaux.
On adorerait tous être publiés par une maison d'édition un jour ou l'autre (même ceux qui n'ont pas pour projet de se lancer là-dedans ne cracheraient pas dessus je pense), mais par moment il m'arrive de me demander... publier sur le net, est-ce que ce n'est pas mieux finalement ? Publier sur le net, c'est déjà proposer son histoire à un très grand nombre de personnes, et c'est en plus pouvoir échanger avec ces personnes, savoir en temps réel ce qu'elles ont pensé de nos écrits, pouvoir en discuter longuement à côté, leur faire part de nos idées etc... Alors évidemment, on ne gagne pas d'argent, évidemment on est pas relus, corrigés et approuvés par des professionnels, mais quelque part est-ce que ce n'est finalement pas plus enrichissant (intellectuellement parlant) ? Enfin bon. Je ne sais pas, ça se discute, mais c'est une idée qui me traverse par moment.  

4. As-tu déjà eu affaire à des critiques bizarres que tu aurais le courage d’évoquer (des groupies folles furieuses, de futurs contrats de mariage ou au contraire des menaces de mort) ?

Hum... ça m'est arrivé d'avoir deux ou trois critiques bizarres. Pas forcément dans la catégorie "groupie en folie" mais plutôt dans la catégorie "lecteur à côté de ses pompes". J'en avais déjà parlé sur mon Journal de Bord mais je ne suis pas prête d'oublier cette lectrice qui avait compris des choses vraiment farfelues en lisant mon prologue. Pour remettre un peu les choses dans leur contexte, l'histoire débute par un cheval ailé monté par une jeune femme agonisante. Le dada débarque au grand galop dans une clairière en pleine nuit, provoquant la fuite des animaux sauvages et notamment d'une chouette. Bon. Il est tout à fait envisageable que je me sois mal exprimée mais les yeux me sont quand même sortis de la tête quand la lectrice en question m'a dit avoir cru comprendre que c'était la cavalière qui possédait des ailes, ou encore s'être demandé si la chouette n'était pas sur le dos du cheval. Le tout avec beaucoup de sérieux. J'ai retouché ce prologue un certain nombre de fois depuis (la chouette est passé à la trappe, paix à son âme) et, même si j'admets volontiers que tout est loin d'être parfait, parfois il me semble qu'il faut quand même faire preuve d'un peu de bon sens quand on lit... (non mais... une chouette sur le dos d'un cheval qui galope quoi ? xD)  


5. Puisque tu ne nous laisses pas beaucoup de choix, parlons donc de Derrière les Portes. Comment t’es venu l’idée de cette saga ?

Je crois que c'est un peu une somme de plusieurs idées et envies que je me trimballe depuis des années. La base de la base, lorsque je me suis lancée là-dedans, c'est que je voulais des personnages avec des dons. Pas quelque chose style sortilèges et pouvoirs magiques à gogo mais juste un ou deux dons très ciblés pour chaque personnage, comme la télékinésie, la pyrokinésie, l'invisibilité, etc... Oui, ça n’a rien de nouveau mais moi ça m'a toujours branché. En plus, je vois les dons qu'on attribue aux personnages comme une façon intéressante de matérialiser tout ce qui peut sommeiller à l'intérieur de quelqu'un. Une espèce de métaphore. Les gens possèdent tous plusieurs facettes et j'ai toujours eu envie de jouer là-dessus. Alors voilà. J'ai voulu faire tout en symboles et en métaphores. Je me rends compte que cette histoire a un côté très manichéen. Mais les histoires avec lesquelles j'ai grandi étaient toutes un peu comme ça alors, évidemment...
Cela dit, ça fait pas toute l'histoire et pour être honnête, j'ai eu beaucoup de mal à visualiser un univers où placer le récit et aussi le pourquoi du comment certains gugus se trimballaient avec des supers pouvoirs. Pour ça, j'ai dû faire pas mal de recherches et parcourir tout un tas de légendes et de mythes avant que l'inspiration ne vienne.   

6. Il a dû te falloir beaucoup de temps pour mettre tout cet univers en place, non ?

Cinq ou six ans pour l'instant. L'univers est encore en cours de création en fait. Personnellement ça m'est complètement impossible d'imaginer tout un univers avant de commencer à écrire. 'Fin, un univers quoi... c'est vaste ! Je passerais jamais à la rédaction si j'attendais d'avoir tout imaginé dans les moindres détails. Non, l'univers se construit au fur et à mesure en même temps que l'histoire. Les idées s'ajoutent. Elles cessent jamais de s'ajouter et elles cesseront pas tant que j'aurais pas mis le point final à l'histoire – réécritures inclues. C'est difficile de mettre son imagination sur "stop" comme c'est difficile de lui demander de tout trouver en une fois.  

7. Derrière les Portes est-il vraiment ton tout premier texte ? Allez, tu sais que tu peux tout nous dire…

Au risque de vous décevoir... oui. Derrière les Portes est vraiment ma première histoire, celle avec laquelle je me suis lancée dans l'écriture (si on oublie les rédactions obligatoires de français). Pas de fanfictions Harry Potter, Pokémon ou Petits Poneys que je cacherais honteusement dans mon placard, pas une ligne de poème, pas de one-shot ni l'ombre d'une bande dessinée en trois cases... non. Rien. J'aurais bien aimé pourtant, ne serait-ce que pour rigoler aujourd'hui en relisant ça ! Ou au moins pour me dire que je me suis un peu fait la main sur des petits projets avant de me lancer dans ce gros morceau. Mais non. En grande impatiente que je suis, je suis passée du néant à « tiens ! Et si j'écrivais une saga en 8 tomes ? ». C'était peut-être pas une brillante idée quand je vois le travail de réécriture que je suis obligée de faire maintenant pour que cette histoire ressemble à quelque chose... Mais bon, ce qui est fait est fait hein. 

8. A ton avis, que pourraient penser tes personnages de la tournure que prend Derrière les Portes ?

Ouch. Je pense que ça ne leur plairait pas beaucoup !
Hayalee serait peut-être la seule à être assez naïve pour se demander ce qui va se passer ensuite mais pour Saru, ça puerait clairement les ennuis à plein nez. Lisandra... je crois qu'elle arrêterait directement les frais et déciderait de s'éloigner le plus possible de cette bande de bras cassés avant qu'il soit trop tard. Quant à Yasuo... bah, il hausserait sûrement les épaules en se disant qu'il arrivera ce qu'il devra arriver. Ah et Iltaïr aurait la confirmation que les choses se passent comme il l'avait imaginé jusque là, ce qui ne serait pas forcément pour lui plaire.  

9. Question de fan : Tu viens de finir de publier sur Plume d’Argent le premier tome de Derrière les Portes, est-ce que tu envisages d'ors et déjà plus ou moins une publication papier ?

Ce serait mentir que de dire que l'idée n’a pas fait son petit bonhomme de chemin depuis que j'ai commencé à écrire... Mais même si je peux l'envisager, c'est certainement pas pour tout de suite. Je n'ai écris qu'un seul et unique tome sur une série qui devrait en compter au bas mot huit alors ça me paraît un peu tôt pour me lancer là dedans. Être publiée a beau ne pas être le but que je cherche à atteindre en écrivant, ça ne m'empêche pas de rêver, de me dire que qui sait ? un jour peut-être que... Mais je ne sais pas trop comment je réagirais face à de potentiels refus. Et je n'ai pas envie de courir le risque de me décourager alors que je n'ai même pas écrit la moitié de l'histoire. J'ai vraiment envie d'arriver au bout de ce projet et, pour ça, il me faut un bon moral. Pour ça, j'ai besoin de pouvoir continuer à rêver je crois.
Alors oui, peut-être qu'un jour j'essaierai la publication papier, ne serait-ce que pour me dire que j'ai tenté le coup, mais pas aujourd'hui. Je pense pas être encore prête pour ça.

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre peut-être ?

J'espère que je ne vous aurais pas trop ennuyé avec mon blabla !
Mais merci d'avoir pris le temps de vous pencher sur moi et sur mon histoire. Ça fait peut-être un peu pompeux mais je tiens quand même à remercier toute la communauté des plumes argentées pour leur intérêt, leur soutien et leur chaleur ! Ça m'aide énormément de pouvoir échanger avec vous tous. Alors longue vie à PA !   


Ainsi s’achève cette interview. Je remercie Neila pour sa très sympathique collaboration ainsi que pour le temps qu’elle m’a accordé. J’ai conscience qu’elle est présente depuis pas mal de temps sur PA et beaucoup d’entre vous la connaissent sans doute bien, mais c’était important pour moi de pouvoir réaliser cette interview. Alors j’espère que vous aurez eu autant de plaisir à la lire que j’en ai eu à la mettre sur pied !

A toi Neila, je souhaite le meilleur pour les nombreux projets qui t’attendent ainsi qu’une excellente continuation avec ton texte qui continuera certainement à nous faire rêver encore longtemps !

Je remercie tous les lecteurs pour leur attention et vous dis à la prochaine !

Gardez vos plumes affutées,

Slyth

mardi 15 janvier 2013

Nos Imagineurs


Chers lecteurs et lectrices de tous les horizons "plumesques" possibles et imaginables, bonjour !

Comme certains d'entre vous le savent déjà (les autres le devineront peut-être en lisant ces premières lignes), Secretspleen a désormais décidé de s'occuper de la rubrique "Citation d'auteur" du journal. Et j'ai l'immense plaisir de vous annoncer que c'est moi qui ai repris le flambeau, un véritable honneur pour la (presque) petite nouvelle que je suis.
Quant à ma toute première interview, quoi de plus logique que d'approcher mon illustre prédécesseur en personne ! Elle a gentiment accepté de se mettre de l'autre côté du miroir et je vous propose de découvrir ensemble une partie de sa facette d'auteur...



1. Pour commencer, cherchons à te connaître un peu mieux… Depuis combien de temps écris-tu ? Tu es capable de te rappeler des premières lignes qui ont pris vie sous ta plume ?

Depuis que j'ai appris à écrire. Ça devait être... à l'école primaire. La première fois, c'était complètement dingue ! Je crois que je m'étais mise en tête d'écrire mon testament. J'avais genre 7-8 ans, et je me disais que le rédiger avec mon stylo plume de l'école, sur une feuille de papier fax, ça le rendrait vachement cool. Et je me suis imaginée, très vieille, avec plein de trucs à léguer à ma famille. De la pure fiction ! Mes parents se révélaient plus jeunes et héritaient de mes chaussettes, ma sœur gardait ma barbie Roller Sparks, mon petit frère avait droit à mes legos... Tout un programme quoi. J'ai retrouvé la feuille dans mon grenier il n'y a pas longtemps chez mes parents.

2. Comment le goût de l’écriture t’est-il venu?

Bien après le goût de conter des histoires féériques dans la cour de l'école. Et juste après que ma famille et le système scolaire me disent "ta gueule" chacun à leur façon. Je les ai pris au pied de la lettre. C'est comme ça que tout a commencé. Un "ta gueule" de trop a suffi à me faire radicalement basculer de la tradition orale à la tradition écrite.

3. Côté lecture, vers quels genres de fictions et de fanfictions te diriges-tu le plus facilement sur le site ?

Je dévore tout ce qui passe, par curiosité. J'aime lire les nouvelles et les anciennes plumes, les maladroites comme les plus aguerries. Les seules histoires qui ne m'attirent pas sont celles où l'auteur s'est placé en vedette dans son intrigue et qu'il ne s'agit pas d'une auto-biographie. Je me sens intrusive dans son intimité, et c'est désagréable. Je me détourne aussi des fictions dont les auteurs ne supportent pas la critique, même les plus respectueuses et objectives. Ceux qui n'admettent pas qu'ils doivent encore progresser. Lire sur Plume d'Argent est synonyme d'entraide, et d'échanges constructifs. Rien ne me peine davantage que de voir mes commentaires être supprimés parce qu'ils n'étaient pas au goût d'Untel ou Truc.

4. As-tu des attentes particulières lorsque tu lis d’autres auteurs ? Es-tu une lectrice du genre exigeante ?

Je suis très exigeante... seulement sur les textes que j'écris. Quand je lis les textes des autres en revanche, je préfère lâcher prise. La lecture n'en est que meilleure. Du moment qu'un auteur arrive à bien me distraire, que je ne me pose pas trop de questions inutiles, je me montre très compréhensive.
Là où ça se corse, c'est quand on prend mes interrogations pour des critiques ou des attentes, alors que ça reste de simples interrogations la plupart du temps. Les limites du langage écrit, je suppose. Ah ! Et je n'exige pas non plus qu'on prenne mes possibles critiques en compte. Quand je m'exprime sur un texte, j'estime que l'auteur peut bien faire ce qu'il veut de mon avis. Y compris ne pas en tenir compte si ce que je dis est à côté de la plaque. Alors je partage mes impressions une fois, voire deux, et puis je passe à autre chose. Ce qui est drôle (mouarf !) c'est qu'il semble que ceux que je lis se mettent eux-mêmes la pression quand ils savent que je fourre le nez dans leurs fictions. Je me demande comment ils réagiront quand ils liront cette réponse-là.

5. Si tu le veux bien, parlons maintenant de l’une de tes œuvres, L’Amulette d’un ange. Comment t’es venue l’idée de cette saga ?

L'Amulette s'est construite sur la base de rêves que je faisais à l'âge de 13-14 ans, et qui revenaient, se suivaient, se complétaient. Chose étrange, j'y étais simple spectatrice. Je ne faisais pas partie de l'histoire ou des équipes de personnages qui y vivaient leurs aventures. C'était comme être catapultée dans un autre monde où vous voyez tout ce qui s'y passe, mais où personne ne peut vous voir ou vous entendre. Parfois je zappais sur la chaîne Amulette pour y voir ce qui se passait pendant mes heures de sommeil, ou mes périodes d'ennui. Au début, j'ai écrit ces rêves pour ne pas les oublier. Ensuite j'ai eu envie d'approfondir, de boucher les trous, et d'achever l'histoire. Et afin de retranscrire le plus fidèlement ce que je voyais/imaginais, je me suis mise à être hyper-exigeante sur le plan de l'écriture.

6. Est-ce que cette histoire possède déjà une fin ou tout reste-t-il encore à inventer ?

Non elle n'a pas de fin. J'ai déterminé qu'après 9 mouvements, j'arrêterai probablement de l'écrire, je lui trouverai une conclusion très honorable. Mais on pourrait continuer ainsi indéfiniment. L'univers dans lequel elle s'inscrit est si riche, qu'il est tout à fait possible d'y rédiger des nouvelles, de développer des personnages secondaires qui vivent leurs propres aventures.
J'ai inventé l'équivalent de 9 mouvements que je peine à rédiger faute de temps, de disponibilité d'esprit. Mais elle ne semble pas avoir de limites. En tout cas, si elles existent, je ne les ai toujours pas trouvées.

7. Dis-nous tout : est-ce que tu as recours à des grigris, un doudou ou une danse spéciale pour faire venir l’inspiration ? Autre chose peut-être ?

J'ai hérité d'une imagination puissante et sans borne. Pas besoin de grigris ou autre. L'inspiration ne se tarit pas. C'est comme le cycle de l'eau. Parfois il faut attendre le dégel, mais je ne suis jamais à sec. Et plus je m'ennuie dans la vie, plus je deviens créative. Ça ne concerne pas uniquement l'écriture. J'exprime mon imagination avec la même générosité en peinture, et en inventions de toutes sortes. ( en mécanique par exemple )

8. Avec une imagination pareille, tu ne dois pas vraiment connaître le fameux "syndrome de la page blanche" !

Certes ! Après si on m'impose un sujet, ça prendra un peu de temps et de réflexion. J'ai plein de carnets de notes remplis de textes d'histoires que je rédigeais hier, et que j'écrirai un jour. C'est cool d'avoir autant d'imagination, uh ? Oui, mais à quel prix ? Si je la laisse libre de créer dans ma tête ce qu'elle veut, elle me montre le pire comme le meilleur. Je crée des tas de scénarios pour des situations données. Je suppose énormément, même ce que pensent les autres. Les livres perdent leur suspense, les films sont convenus d'avance, déterminer quelle fin écrire à un roman est difficile. Tombez malade avec 41 de fièvre, je ne vous décris pas les hallucinations ! Donc il faut faire attention. Rien ne m'autorise à penser à votre place. Le lâcher prise, c'est bien pour savourer un film ou un livre plutôt que de tout deviner en avance. Je cultive la prise de recul et le bien-être intérieur quotidiennement. Surtout je replante régulièrement mes pieds sur Terre. Bref, un conseil ? Si vous voulez avoir une belle et prolifique imagination, faites en sorte d'être bien dans votre peau, et sain d'esprit dans votre tête.

9. Question de fan : Ton texte met en scène une héroïne aveugle, Anna. Comment fais-tu pour te mettre à la place d’un tel personnage et décrire son ressenti ?

C'est assez naturel en fait. Je ne vais pas mentir en disant que j'ai bien calculé mon coup. Ce n'est pas vrai. Quand je crée un personnage, j'arrive à ressentir ce qu'il peut ressentir. Je peux me mettre à sa place et c'est comme s'il existait, là, quelque part, et qu'on se tapait la discute autour d'un café. Je sais ce qui va lui passer par la tête, je connais ses réactions potentielles, sa psychologie. Je sais comment il peut évoluer selon ce que j'invente dans son intrigue. Après tout c'est moi qui l'ai créé. C'est aussi ce qui explique que je déteste parler de moi dans mes textes. Les histoires à caractère égotiques et auto-fantasmées ? Je refuse d'en écrire ! Il est déjà suffisamment pénible d'apprendre à se connaître soi-même dans la vie, sans devoir encore en rajouter une couche dans des univers imaginaires. Et puis il n'y a aucun suspense quand vous vous greffez à l'intrigue d'une histoire 'pour la vivre'. Tout est déjà convenu par vos propres limites conscientes ou inconscientes. Dans mon cas, ça ferait des histoires sans surprises, et je m'y ennuierais à coup sûr.

10. Pour finir, y aurait-il quelque chose en particulier que tu voudrais dire aux personnes qui sont en train de nous lire ? Un message à leur transmettre ?

Ouaip ! Vous êtes tous super ! Et sachez que vos critiques positives ET négatives sur mes textes sont toujours grandement appréciées. J'aime votre franchise, les conseils que vous me donnez. On fait tous des erreurs. Au risque de surprendre certains parmi vous, j'ai aussi des progrès à faire en écriture. Continuez à oser me faire savoir quand je me plante ou sème des coquilles dans mes textes.

Enfin, je voudrais remercier toutes les plumes qui se sont déjà exprimées au cours de précédentes interviews. Sérieusement, je n'imaginais pas à quel point ça pouvait être difficile de répondre à ces questions. Je me suis bien arrachée les cheveux ! Merci aussi à Slyth qui a eu la gentillesse de reprendre le flambeau. Je trouve qu'elle s'en sort déjà très bien ! Au plaisir de vous lire bientôt ! Enjoy !


Ainsi s’achève cette interview. Un grand merci à Secretspleen pour le temps qu’elle m’a consacré malgré un planning chargé ainsi que son aide très précieuse pour mes débuts au Journal PAen : j’ai pris beaucoup de plaisir à préparer cet entretien avec elle et j’espère que vous, lecteurs, en aurez eu tout autant à le lire ! A toi, chère Spilou, je souhaite une excellente continuation ainsi que plein de bonnes choses pour cette nouvelle année qui commence !

A titre plus personnel, je tenais à remercier infiniment toute l’équipe du Journal PAen pour m’avoir permis "d’entrer dans la bande" et m’offrir la chance de participer à cette belle aventure !

Au plaisir de pouvoir vous faire découvrir d’autres Plumes comme vous ne les avez (peut-être) jamais vues, je vous dis à la prochaine et vous salue bien bas,

Slyth

lundi 2 juillet 2012

Nos Imagineurs

Pour cette dernière interview, j'ai décidé de vous emmener explorer un jardin d'imagineur très particulier.
Sentez-vous la luxuriante verdure bruire sous vos pas, les fleurs rire sous feuilles derrière notre passage ?
Ici et là, du coin de l'œil, la féérie ambiante questionne mystérieusement. Avons-nous réellement vu la petite fée
aux ailes sanguines plonger dans le ruisseau ? Et ce coquelicot, n'y avait-il pas autre chose à l'intérieur des pétales ?
La terre est-elle vraiment bleue et l'arbre violet ? Que dire du ciel aux multiples soleils, autant de cadrans horaires qui
se complètent et se contredisent. Point d'heure ici, mais des crépuscules rivalisant avec des aurores improbables sous le joug de
muses facétieuses.
Il est temps de s'en remettre à notre Jardinier psychédélique. Car il n'y a bien que Carmae pour se permettre autant de fantaisie
sans que rien ne détonne, mais exubère ces Possibles au-delà des limites de nos propres esprits fertiles.


Au commencement, sont-ce les mots ou les pensées qui ont émergé en premier ?

Qui de la graine ou de la plante émerge la première ? Je ne pense pas qu’il faille penser en ces termes. L’une est l’autre, et inversement. La pensée s’exprime sous forme de mots qui forment la pensée. Du moment qu’on arrose correctement, l’ensemble pousse et prend forme dans le terreau de l’imagination.

Depuis combien de temps écris-tu ?

Ma première histoire a été déterrée il y a quelques temps. D’après les traces de végétation et le goût des strates de terre qui la recouvraient, les experts l’ont datée de mes six ans, soit quand j’ai appris à écrire, je pense.
Après des années d’errance scripturale, passées surtout à faire des textes pour la musique, j’ai eu besoin de me défricher la tête, pour ma propre sauvegarde. J’en suis donc venu à écrire pour un studio de jeu de rôle. C’est vraiment là que ma plume s’est trouvée, et que j’ai pu développer mes capacités d'imagination.
Après avoir fait de la création d’univers pour de la SF très sombre et de la fantasy arabisante très lumineuse, j’ai décidé, encouragé par des auteurs bien plus expérimentés que moi, d’écrire ma propre histoire, de développer mon propre univers. J’ai commencé à cultiver Carmae dans ma tête.

Qui mène la danse de la plume, ton équipe de personnages inventée de toute pièce ou toi ?

C’est un vrai travail d’équipe. Disons que nous sommes comme la plante et la graine : l’une et l’autre vont de paire. Lorsque je prépare un chapitre, les grandes lignes viennent de la terre de mon imagination, et du soleil de l’univers. Comme si elles étaient un mélange de ma propre inspiration et de quelque chose de plus transcendantal, qui me dépasse largement… mais que je contiens en même temps.
Durant l’écriture même, je fais entièrement confiance à ces forces et à mes personnages : ensemble, ils me mènent là où l’histoire doit aller, et tant pis si sur le moment je ne comprends pas ce qu’ils font. Je me fie à eux.

Places-tu des morceaux de toi-même dans tes personnages ou bien ont-ils des personnalités qui leur sont propres ?

Je me reconnais dans certains comportements et caractères. Je m’identifie dans certaines actions, certaines prises de conscience ou réalisations profondes. Mais je ne calque pas consciemment mes personnages sur ma personnalité, ce serait égocentrique et pénible pour tout le monde.
J’en suis très proche, quoi qu’il en soit. Quand mes personnages se dépassent et grandissent, je sens que je le fais aussi, à travers eux. Je souffre quand ils sont en péril, et je saute de joie quand ils triomphent.

Y-a-t-il un texte que tu as écrit dont tu aimerais discuter ici ? Pourquoi ?


Oui, parlons graines d’histoire. J’adorerais m’entretenir de Carmae, mon double roman dont la deuxième partie est en cours de fermentation dans mon alambic imaginaire. Seulement, il n’est pas publié sur Plume d’argent, alors… Peut-être peut-on parler de son style, et de sa poésie qu’on peut retrouver décuplée dans la nouvelle “Voiles” ? J’écris dans différents styles, en fonction de mes besoins. Mes drabbles sont très différents du reste, par exemple. Mon style principal se retrouve aussi dans le texte Élise, coécrit avec toi d’ailleurs…

Parlons d'Élise alors ! Quand je me suis intégrée à ce Cadavre exquis, l'histoire prenait déjà forme. D'où t'est venue l'idée d'un tel univers ?

D’où viennent les idées, je crois que c’est LA question. Dans le cas d’un cadavre exquis, il fallait que j’écrive un premier texte court qui contienne un maximum d’idées à développer par les auteurs suivants. Je me suis mis sur la fréquence du grand jardin cosmique, et la graine est tombée dans ma tête : et si le temps s’incarnait sous forme de rivière, avec des gens dont le métier était de contrôler les mesures du flux, les anomalies, les crues, etc. ? Puis j’y ai ajouté l’étude de la thanatopsychologie, parce qu’une histoire est meilleure quand elle combine plusieurs idées distinctes.

Élise, c'est aussi l'héroïne de cette histoire. Comment as-tu su la rendre si féminine et réaliste ?

J’aime avoir des héroïnes. Elles sont plus sensibles, et permettent un spectre émotionnel plus large. J’ai une part féminine développée et assumée, par ma sensibilité justement. J’ai pu lancer le drame de la vie d’Élise en brisant toutes ses plus grandes convictions en un seul évènement apparemment banal, et je l’ai faite réagir comme je l’aurais fait moi-même je crois. Jouer les petits mecs, les durs, n’a jamais été mon truc : j’assume pleinement mes émotions et mes larmes.

Les êtres qui se battent sur les berges de la Rivière sont intrigants. Avec leurs airs d'anges de la mort, ils sont aussi imprévisibles que mystérieux. Mais que représentent-ils vraiment dans cette histoire ? Quelle est leur signification ?

Alors là, tu me poses une colle. Les anges ont été introduits par un autre auteur, et j’ai trouvé que l’idée manquait un peu d’originalité. Je n’aime pas jouer avec les stéréotypes, surtout dans une histoire sérieuse. Les anges cherchent à contrôler la Rivière du temps, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Dans la suite/réécriture qui aura lieu un jour, je gage que leurs âmes seront faites d’embruns autonomes, qui refusent leur destin : retourner dans la masse anonyme du temps qui passe. De quoi développer en beauté la façon dont les humains agissent ces temps-ci !

Tu parlais d'en faire un roman lorsque tu t'es rendu compte que le Cadavre exquis n'aboutirait pas. Sera-t-il à plusieurs plumes ? Vas-tu conserver tous les passages écrits ?


Je ne sais pas encore ce que j’en ferai. Peut-être une longue nouvelle écrite à trois plumes. Maintenant que le concept a été lancé, le reprendre en roman sentirait le réchauffé. Quand j’utilise une idée dans un but précis, elle a vécu ce qu’elle avait à vivre, point.
Et impossible de garder tout ce qui a été écrit : un cadavre exquis implique toujours des débordements et des incohérences. Élise a du potentiel, mais part en vrille au milieu de l’histoire. On gardera le début, certains évènements et des concepts (comme les confluents), mais pas l’ensemble du récit tel qu’il existe actuellement.

Cette histoire a-t-elle déjà une fin ? Ou sera-t-elle à écrire ?

Ma foi, quand j’ai posé les bases, je savais déjà comment j’aurais terminé le récit s’il m’avait entièrement appartenu. À partir de là, charge à moi d’écrire mon deuxième roman, puis de trouver les bonnes plumes pour reprendre le concept et se mettre d’accord dans les grandes lignes avant de se partager l’écriture, en fonction de points de vue, par exemple, même si d’ici là je trouverai quelque chose de plus original et intéressant à faire. J’estime en temps qu’auteurs qu’on ne doit pas se reposer sur nos acquis, mais toujours explorer de nouveaux horizons !


Ainsi s'achève cette interview. Remercions notre Jardinier d'avoir bien voulu répondre à ces questions. Quant à moi, il est temps que je vous quitte. J'ai apprécié chaque interview réalisée avec nos Imagineurs et vous remercie d'avoir suivi de bout en bout toutes nos pérégrinations à travers les univers créatifs des auteurs interrogés. Je vous souhaite de continuer à découvrir les nombreuses plumes qui pullulent sur le site de PA, d'écrire des textes fabuleux et de prendre plaisir à créer tout simplement.

Enjoy,

Spilou